Homoparentalité: Que disent réellement les études et quelles sont leurs limites?

Préambule:

Le terme d’homoparentalité est un néologisme qui sert à désigner la condition d’enfants élevés par deux personnes du même sexe. Cette condition recouvre en fait plusieurs réalités qu’il conviendrait à mon avis de distinguer car elles n’entraînent pas nécessairement les mêmes problématiques. On peut évoquer :

– les enfants issus d’un couple originel hétérosexuel séparé et dont l’un des parents vit avec une personne de même sexe. Dans ce cas l’enfant connaît ses origines et a le plus souvent des contacts avec ses deux parents biologiques même s’il est élevé par le couple formé de l’autre parent et de son compagnon ou de sa compagne de même sexe. Dans ce sous groupe il faudrait inclure le cas particulier les enfants issus de projets de coparentalité entre deux couples de même sexe (2 homosexuels masculins et 2 lesbiennes)

– les enfants issus de méthodes de procréation assistée faisant dans tous les cas appel à un donneur qui peut être connu ou non (IAD) et dans le cas de couples formés de 2 hommes, le recours à une mère porteuse. La situation peut être ici plus ou moins complexe selon que l’enfant connait ou non son géniteur de l’autre sexe. Le point commun entre les enfants dans ce deuxième cas est d’être élevés sans référence à un parent de l’autre sexe

– enfin les enfants adoptés par l’un des membres du couple de même sexe, ou les deux lorsque la législation du pays d’où sont issus les parents adoptifs le permet. Ce cas de figure pose le problème de l’absence de référent de l’autre sexe en plus des problématiques habituelles liées à l’adoption

Les chiffres de l’homoparentalité en France combien d‘enfants concernés?:
D’après les chiffres produits par l’INED, on peut faire une estimation du nombre d’enfants concernés. Selon cette estimation le nombre de couples de même sexe coprésidents représenterait environ 1% de l’ensemble des couples. En posant qu’un couple de même sexe sur 10 vit avec des enfants et que ces couples ont en moyenne deux enfants (probablement moins dans la réalité), on tombe sur une fourchette de 24000 à 40000. En retenant le chiffre le plus élevé et en considérant que le nombre d’enfants dans la population française avoisine les 16 millions (d’après le dernier recensement ) soit 0.25% de la population infantile soit 1 enfant pour 4000.
Remarques préalables sur les études et leur degré de validité
(je vous renvoie également à l’excellent article de Xavier Lacroix: http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?article1674)

– Différents types d’études
Etudes longitudinales:
Se sont des études portant sur le suivi d’une cohorte sur une période de temps plus ou moins longue. Les études longitudinales sont considérées comme les plus fiables et les plus informatives quant à l’apparition de phénomènes survenant sur le long terme ou se révélant tardivement. L’homoparentalité étant un phénomène relativement récent ce type d’étude est malheureusement peu développé et les périodes d’observation trop brèves ne couvrent le plus souvent ni l’adolescence (période propice à de nombreuses manifestations comportementales) ni le début de l’âge adulte.
Etudes rétrospectives:
Moins fiables que les études longitudinales, elles consistent à interroger des sujets à un moment « t » sur l’apparition de tel ou tel phénomène s’étant produit au cours de la période qui l’a précédé. Les phénomènes observés sont donc rapportés par le sujet lui-même ou par son entourage avec plus ou moins d’objectivité (on ne peut écarter le fait que certains enfants pourraient se sentir dans l’obligation d’ « aller bien » afin de valider les choix parentaux)

– Différents types de biais
Biais liés à la position de l’auteur de l’étude:
Sur des sujets aussi polémiques que l’homoparentalité il est pour ainsi dire quasi impossible de rencontrer des auteurs impartiaux. En fait il faut considérer que la position d’un auteur vis-à-vis de telle ou telle question a peu d’influence sur les résultats de l’étude eux-mêmes . En revanche, elle peut avoir une influence sur la façon dont ceux-ci vont être interprétés. C’est pourquoi il est nécessaire de s’attacher à l’étude des résultats bruts plus qu’à la conclusion et à l’interprétation qu’en fait l’auteur.
Biais liés à la position des évaluateurs:
Les évaluations peuvent être biaisées par la position des évaluateurs. C’est le cas de nombreuses études notamment celle de S Nadaud (2002) pour laquelle les évaluateurs étaient les parents eux-mêmes. Ce biais ne peut être écarté que par la constitution de groupes contrôles et le fait que les évaluateurs soient aveugles (c’est-à-dire ignorants) vis-à-vis du statut des enfants à évaluer
Biais liés à la taille des échantillons étudiés:
Des échantillons de taille trop réduite ne permettent pas de faire apparaitre de différence significative par rapport à un groupe contrôle, surtout si la variable étudiée est peu sensible. On peut alors conclure à tort à l’absence de différence
Biais liés à la sélection de l’échantillon étudié et à la composition des groupes contrôle:
Certaines études peuvent cibler une sous catégorie particulière dans la population étudiée. Les modalités de constitution du groupe étudié doivent être telles que le recrutement doit être aléatoire. Par exemple le recrutement des sujets par le truchement d’association ou par cooptation entre eux (bouche à oreille) est un biais que l’on retrouve dans de très nombreuses études.
Par ailleurs, le choix du groupe contrôle est également important. Il ne doit différer de la population étudiée que par le seul critère de l’homoparentalité (des couples hétérosexuels séparés voire des familles monoparentales ont été intégrés aux contrôles dans un certain nombre d’études)

– Variables mesurées
Limites liées à la nature des variables observées et à leur évaluabilité:
Il est des critères qui du fait de leur grande subjectivité ne peuvent être correctement évalués. La notion de « bien être » ou de « mal être » chez un enfant est difficile voire quasi impossible à évaluer car elle ne se traduira pas nécessairement par un échec scolaire ou des symptômes clairement identifiés de dépression. Certains ont construit des échelles basées sur quelques éléments précis tendant à rendre compte de telles notion mais cette évaluation demeurera toujours imparfaite
Variables les plus couramment mesurées:
La plupart des études se sont intéressées à la réussite (ou à l’échec) scolaire, à la consommation de toxiques, à la délinquance, à la morbidité psychiatrique, à l‘orientation et aux comportements sexuels des enfants.

Dernière remarque
Dans une étude, la co-occurence de 2 phénomènes ne signifie pas nécessairement qu’ils aient entre eux des relations de causalité. Il faut savoir être prudent dans l’interprétation des résultats.
Les études non spécifiques de l’homoparentalité mais susceptibles d’apporter un éclairage sur la question:

Pour commencer quelques considérations d’ordre général concernant le mode de conception de l’enfant. Même si le phénomène des procréations médicalement assistées ne concerne qu’une partie des cas d’homoparentalité (elles ne sont par ailleurs pas spécifiques de ce genre de situation), la façon dont un enfant est conçu semble ne pas être sans influence sur son psychisme et cela d’une façon difficilement quantifiable. On rapporte déjà chez certains enfants nés par PMA des symptômes assez proches de ceux constatés chez des survivants de catastrophe (on pourra consulter pour plus de renseignements l’excellent blog de mon confrère Benoit Bayle: http://benoit.bayle1.free.fr/survivancepma.pdf)

– Etudes sur l’apport de la différenciation homme/femme dans les phénomènes d’attachement et leur rôle dans le développement.
De très nombreuses études portant sur l’attachement du jeune enfant à ses parents montrent que l’attachement mère-enfant se différencie assez nettement de l’attachement père-enfant tant dans le domaine qualitatif (la mère étant la figure d’attachement principale ou privilégiée) que sur le plan qualitatif (la mère jouant un rôle plus « sécurisant » alors que le rôle du père est de nature plus « stimulante » et s’exprime davantage à travers le jeu):
http://www.cairn.info/revue-cahiers-critiques-de-therapie-familiale-2005-2-page-115.htm
On pourrait être tenté d’attribuer ces différences à des faits culturels toutefois les microanalyse en vidéo des interactions père-enfant et mère-enfant permettent de mettre en évidence des différences notables dans les comportements et les attitudes. On ne voit jamais par exemple une mère lancer son enfant en l’air pour le rattraper dans ses bras
On pourra également lire avec profit, l’excellent rapport du Pr Maurice Berger du CHU de Saint Etienne sur la garde alternée des enfants dont les parents sont séparés (voir su le site http://www.mauriceberger.net/). Il y cite entres-autres l’étude de M.E.Lamb dont je vous livre ici le résumé : « En 1983, cet auteur montre que les enfants suédois de parents non divorcés, élevés prioritairement par leur père, souvent du fait de la profession de la mère, manifestent une préférence pour leur mère dans des situations « étranges », inquiétantes, comme la présence d’un visiteur inconnu. Ceci est très net de l’âge de huit mois à l’âge de seize mois. Le comportement des enfants est le même que dans les familles où c’est la mère qui est la principale personne qui donne les soins à l’enfant. On peut donc dire que si le père occupe bel et bien une position de figure d’attachement, l’enfant préfère cependant la « base de sécurité » maternelle en cas d’inquiétude ou de détresse. La mère est donc plus appropriée que le père dans ce registre, et répétons qu’il s’agit d’une surprise par rapport aux théories de l’attachement. La demande de protection de la part de l’enfant reste en faveur de la mère, et ce d’autant plus que la situation se fait plus contraignante pour l’enfant. Aucun autre travail n’est venu démentir ces conclusions depuis. Le père n’est donc pas une mère comme les autres. »
-Etudes sur l’influence de la stabilité des couples sur le développement psychologique de l’enfant
De très nombreux travaux réalisés tant en France qu’à l’étranger, mettent l’accent d’une façon concordante sur les conséquences des ruptures familiales pour l’enfant en terme notamment d’échec scolaire, d’intégration professionnelle future, de morbidité psychique, de stabilité affective mais aussi de conditions socio économiques plus défavorables que celles des enfants issus de couples unis.
Le résultats de ces études doit être mis en parallèle avec la très grande instabilité constatée chez les couples de même sexe, instabilité confirmée par de nombreuses études y compris dans les pays où le mariage a été légalisé comme c’est le cas notamment dans les pays scandinaves
Selon un rapport d’Andersson, G. et al. (2004) «Divorce-Risk Patterns in Same-Sex way and Sweden», portant sur les divorces comptabilisés en Suède entre 1993 et 1999, on trouvait un risque relatif de divorce 1.4 fois plus élevés pour les couples homme-homme et 2.5 fois plus élevés pour les couples femme-femme que pour les couples homme-femme.
-Etudes sur les effets de la morbidité psychiatrique parentale:
Il s’agit ici d’une question complexe qui doit prendre en compte à la fois des facteurs environnementaux et des facteurs génétiques. On sait toutefois que la morbidité psychiatrique parentale a une influence sur les modalités d’attachement de l’enfant (plus grande insécurité) et s’accompagne d’une façon générale d’un risque accru de troubles anxieux chez l’enfant.
http://www.em-consulte.com/article/66574/troubles-psychiatriques-des-parents-et-sante-menta
En parallèle, plusieurs études signalent une plus grande fréquence des troubles psychiques notamment anxio-dépressifs chez les personnes homosexuelles que dans la population générale (Corneau et Holmes 2008)

Les études sur l’homoparentalité proprement-dite:

-Les études les plus citées
En 2005, une première revue de la littérature sur ce sujet avait été réalisée par un groupe de pédopsychiatre et de juristes espagnols à l’occasion du projet de loi présenté par le gouvernement Zapatero.
Cette méta analyse décortiquait les opinions divergentes des experts (notamment de l’APA (American Psychology Association) et de l’AAP (American Academy of Pediatrics) et examinait les rapport d’études réalisées entre 1995 et 2002.
Concernant l’APA et l’AAP, ces deux associations dont on verra qu’elles ont été l’objet de critiques argumentées, statuaient en faveur de l’absence de problèmes dans le développement des enfants chez les couples de même sexe. Il a été prouvé récemment que certaines études qui n’allaient pas dans ce sens ont été volontairement écartées par certains membre militants à la tête de ces associations..
Parmi les études les plus citées, on retiendra:

-l’étude de Tasker et Golombok (1995)
malgré un échantillon réduit (20 hommes, 26 femmes) c’était à l’époque la seule étude portant sur le suivi d’enfants biologiques de femmes lesbiennes jusqu’à l’âge adulte. L’âge moyen des enfants à la fin de l’étude étant de 23.5 ans.
Cette étude montre une prédisposition à l’homosexualité (en terme d’attirance et de comportement) très supérieurs à la moyenne chez les enfants élevés par des couples lesbiens.

-l’étude de Bailey et al. (1995)
portant sur 85 enfants adultes (âge moyen 25.3 ans) de parents homo ou bisexuels retrouvait un taux de 9% de bi ou homosexuels chez ces enfants alors que la proportion en population générale se situe entre 1 et 3% en population générale selon les études

-l’étude de Cameron et Cameron (1996)
Portant sur 4640 sujets pris en population générale et auxquels étaient adressé un questionnaire
17 (11 femmes et 6 hommes) ont affirmé avoir un père homosexuel. 4 des 6 hommes (67%) et 1 des 11 femmes ont eu une expérience homosexuelle
35% s’identifiaient comme homosexuels
5 sur 17 (29%) avaient eu des relations sexuelles avec leurs parents contre seulement 28 (0.6%) sur les 4623 élevés par des couples homme-femme.
-l’étude de Stacey et Biblartz (2001)
Il s’agit en fait d’un résumé de 21 études dont l’auteur principal Judith Stacey concluait malgré les évidences à l’absence de différence entre les enfants élevés par des couples de même sexe et ceux élevés par des couples homme-femme. Elle reconnait toutefois que les mères lesbiennes provoquent un effet « féminisant » sur les petits garçons et « masculinisant » sur les petites filles. De plus elle précise que ces enfants ne semblent pas bien s’adapter au rôle propre à leur sexe. L’auteur elle-même dit textuellement que «les petites filles adolescentes élevées par des mères lesbiennes semblent prendre plus de risques sexuellement […] autrement dit, une fois encore, les enfants (spécialement les petites filles) élevés par des lesbiennes semblent se détacher des normes traditionnelles de genre, tandis que les enfants élevés par des mères hétérosexuelles semblent les accepter.»

-l’étude de Gonzalez M del M et al. (2002)
Il s’agit d’une étude espagnole portant sur un groupe hétérogène de 28 familles. 15 enfants étaient issus de relations hétérosexuelles antérieures et ont effectivement eu un père et une mère, 5 enfants étaient adoptés, 5 enfants obtenus par insémination . Pour 3 cas le père biologique homosexuel n’avait pas la garde du mineur et 14 des foyers étudiés étaient en fait monoparentaux.. La seule composition de l’échantillon compte tenu de plus de sa faible taille suffit à rendre très difficiles à interpréter les résultats de cette études qui sont détaillés dans le lien suivant qui présente également d’autres études (36 pages)
http://www.jurivie.org/documents/articles/rapport_adoption_homo.pdf

-L’étude française de Stéphane Nadaud
Seule étude française menée à ce jour et faisant l’objet d’une thèse publiée en 1998 et concluant à l’absence de différence entre les enfants élevés par des couples de même sexe et les enfants élevés par des couples homme-femme
Elle repose sur 58 enfants dont les familles ont toutes été recrutées par le biais d’associations LGBT
Les évaluations ont été faites uniquement par les parents sur des critères comportementaux (questionnaire Cognitive Behavioral Check List)
Il n’y a pas eu de groupe contrôle sélectionné.
On peut donc voir qu’outre la taille relativement faible de l’échantillon étudié, cette étude souffre d’une accumulation de biais méthodologiques qui sont détaillés dans le lien ci-dessous:
http://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-1-page-241.htm
Notons que l’auteur signale lui-même que sur l’ensemble des enfants étudiés 40% sont suivis par un psychologue ou une orthophoniste (taux largement supérieur à celui retrouvé dans la population générale.)

.la remise en cause des rapports de l’AAP et de l’APA
Lors du procès en 2007 d’un officier d’état civil de l’Iowa qui avait refusé une adoption par un couple homosexuel, le Dr Sharon Quick pédiatre membre de l’AAP appelée à témoigner en faveur de l’accusé remet en cause preuves à l’appui le rapport technique de cette même organisation produit en 2002 et considéré comme probant pour un avis en faveur de l’adoption par deux personnes de même sexe. Elle retient que plus de la moitié des références scientifiques citées dans ce rapport l’étaient de façon inexacte (c’est-à-dire qu’on leur faisait dire autre chose que ce qu’elles disaient). ci-dessous le lien du rapport extrêmement détaillé réalisé à l’occasion (33 pages traduites en français)
http://www.familleliberte.org/traducJE2v01-06.pdf
Dans un rapport rédigé en juin 2012, le Dr Marques Loren de la Louisiane State University remettait en cause les études sur lesquelles l’APA avait rendu un avis favorable à l’adoption d’enfants par des couples de même sexe: Sur les 59 études citées dans le mémoire de l’APA, plus des trois quarts étaient fondées sur de petits échantillons de population non-représentatif, dont la sélection n’était pas faite de façon aléatoire qui ne comprenaient pas tous des individus ou des familles issus de minorités; près de la moitié ne comportaient pas de groupe de comparaison hétérosexuel, et peu d’études s’étendaient au-delà de l’enfance et étudiaient des critères tels que le niveau social intergénérationnel, le niveau de scolarité, et de criminalité, qui sont des éléments clé des études sur les enfants du divorce, le remariage, et la cohabitation. En d’autres termes, «Un manque de qualité suffisante concernant les données laisse les questions les plus importantes sans adresse et sans réponse».
http://www.francaisenouvelles.com/homoparentalite-effets-sur-les-enfants-eleves-par-des-parents-gais-ou-lesbiennes/
Précisons également que la plupart des membres de la commission de l’APA chargée de l’examen des études portant sur les questions d’homoparentalité appartiennent à des associations LGBT militantes.
-revue de la littérature par une équipe française:
Le site de l’INSERM ( http://presse-inserm.fr/homoparentalite-et-developpement-de-lenfant/4871/)
met en ligne une revue de la littérature éditée dans le magazine l’encéphale en février 2011. Les auteurs font le point sur l’homoparentalité vue à travers différents prismes théoriques et sur les études. Si la plupart des études citées semblent mettre en évidence assez peu de différence entre les enfants élevés par des couples de même sexe et les enfants élevés par des couples homme-femme, les auteurs pointent néanmoins leur grande faiblesse méthodologique. Une étude cependant mérite d’être citée. Elle concerne les modalités d’attachement de jeunes femmes élevées par des pères homosexuels : 68 femmes d’une moyenne d’âge de 29 ans, issues d’unions hétérosexuelles dont le père est gay ont été comparées dans leur système d’attachement à 68 femmes dont le père est hétérosexuel. Les résultats montrent que les femmes de père gays sont moins aptes à faire confiance et à demander de l’aide, qu’elles sont plus anxieuses dans les relations amoureuses et moins à l’aise avec la proximité et l’intimité (Sirota T. Adult attachment style dimensions in women who have gay or bisexual fathers. Arch Psychiatr Nurs 2009;23(4):289—97.)
-l’étude de Mark Regnerus
C’est une étude très récente réalisé par un jeune professeur de sociologie de l’université d’Austin Texas, déjà auteur de deux ouvrages sur le comportement sexuel des adolescents et jeunes adultes.
Son étude est une des rares à porter sur les conséquences observées à l’âge adulte chez des enfants ayant eu au moins un parent homosexuel. Elle a été publiée dans la très sérieuse revue américaine Social Science research. (ci-dessous le lien de la publication originale en Anglais)
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0049089X12000610
Pour point de départ, l’auteur pose une question à plus de 15000 américains devenus adultes entre 1990 et 2009, sélectionnés de façon aléatoire:« Est-ce que l’un de vos parents biologiques a eu, entre votre naissance et l’âge de vos 18 ans, une relation amoureuse avec quelqu’un de son propre sexe ? » 175 ont répondu que c’était le cas pour leur mère, 73 pour leur père. Ces personnes, ainsi qu’un échantillon représentatif de cette génération de la population américaine, ont passé un entretien approfondi portant sur leur vie, leurs relations amoureuses et leur propre éducation, – soit en tout 2 988 personnes interrogées. L’objet de l’enquête est de tester le paradigme de l’absence de différences. Pour cela, Mark Regnerus a constitué huit groupes parmi les personnes interrogées suivant les structures familiales dans lesquelles ils avaient grandi :
– Famille biologique intacte (“still-intact, biological family”) : un père et une mère marié depuis la naissance de l’enfant jusqu’à aujourd’hui. (919)
– Mère lesbienne : la mère a eu une relation amoureuse avec une femme. (163)
– Père gay : le père a eu une relation amoureuse avec un homme. (73)
– Adopté : adoption par un ou deux parents avant l’âge de deux ans. (101)
– Divorce tardif ou garde partagée : l’enfant a vécu avec ses deux parents jusqu’à 18 ans, ils ne sont plus mariés. (116)
– Belle-famille : les parents biologiques n’ont jamais été mariés ou ont divorcé, le parent ayant la garde s’est marié avec quelqu’un d’autre avant les 18 ans de l’enfant. (394)
– Monoparentalité : les parents biologiques n’ont jamais été mariés ou ont divorcé, le parent ayant la garde ne s’est pas marié ou remarié avant les 18 ans de l’enfant. (816)
– Autres configurations, dont le décès d’un des parents. (406)
Comparés aux enfants de “famille biologique intacte”, les enfants aujourd’hui adultes dont la mère a eu une relation amoureuse avec une femme présentent 25 différences significatives sur les 40 variables testées : ces différences témoignent entre autre de façon significative d’une plus grande instabilité matérielle et affective (moins bon niveau d’études plus forts taux de chômage, plus grandes difficultés à former un coupe stable, plus grand pourcentage d’abus sexuels pendant l’enfance, plus grand taux d’incertitude quant à l’orientation sexuelle)
On retrouvait également des perturbations semblables bien que moindres pour les enfants dont le père avait eu une relation homosexuelle.
Ci-dessous le lien de l’agence Vita qui présente un résumé traduit de l’étude
http://www.alliancevita.org/2012/06/letude-de-mark-regnerus-us-sur-les-enfants-ayant-eu-un-parent-homosexuel/
Cette étude a dès sa parution suscité de violentes polémiques et critiques orchestrées majoritairement par des milieux militants qui se sont saisis des associations. On reproche essentiellement trois choses à Régnerus. Les deux premières sont davantage d’ordre politique et idéologique: l’une est de ne pas faire partie du sérail des spécialistes des études portant sur les questions LGBT, l‘autre d‘avoir reçu des financements d‘une association conservatrice le « whiterspoon institute » dont le but est la promotion de la famille et dont le directeur serait membre de l’Opus Dei. Regnerus qui ne s’est jamais caché de ce soutien financier a pu apporter la preuve que cette organisation n’avait excercé aucune influence sur les résultats de l’étude. La troisième, plus intéressante est d’ordre méthodologique. On reproche à Regnerus d’avoir inclu dans le groupe des enfants ayant eu un parent homosexuel, des enfants qui auraient également pu relever du groupe parent célibataire ou famille recomposée et de n’avoir pas comparé chaque enfant de parent homosexuel vivant une situation familiale « x » avec des enfants de parents hétérosexuel vivant la même situation familiale « x ». Regnerus s’en explique par la trop petite taille des échantillons qu’il aurait obtenu avec cette méthodologie. Dans un entretien sur Slate avec William Saletan, il reconnait les limites de cette étude qui met tout de même l’accent sur l’instabilité des structures familiales fondées par les parents homosexuels et envisage de pousser plus loin ses investigations sur le sujet:
http://www.slate.com/articles/double_x/doublex/features/2012/gay_parents_study/gay_parents_study_mark_regnerus_and_william_saletan_debate_new_research_.html
Et ci-dessous deux autres articles sur l’étude parues sur des sites américains
http://chronicle.com/article/An-Academic-Auto-da-F-/133107/
http://www.mercatornet.com/articles/view/the_regnerus_affair_research_integrity_and_politics/

Conclusion:
Si l’on suit l’évolution chronologique de la position des auteurs sur l’homoparentalité, on peut constater qu’on passe d’une position plutôt hostile au milieu des années 90 à une position franchement favorable dans la première décennie des années 2000 avec des études largement influencées par les groupes de pression LGBT qui en sont d’ailleurs souvent les commanditaires. Au début des années 2010, on semble revenir à des positions plus nuancées mais toutefois très réservées avec notamment une critique de plus en plus fréquente de la méthodologie des études précédentes et l’apparition d’études remettant en cause ce qui semble être devenu le dogme des études « no difference » avec des auteurs comme Regnerus.
Il faut sans doute tenir compte d’une connaissance plus approfondie et objective de ce phénomène avec le temps notamment grâce à une meilleure prise en compte des conséquences de l’homoparentalité à l’âge adulte. Il est en effet important de rappeler qu’on ne peut juger des effets d’un mode éducatif que lorsque l’éducation est achevée. C’est pourquoi les très nombreuses études effectuées chez l’enfant ont une valeur limitée.
Sur l’ensemble de ces études, on constate que les couples de même sexe constituent un cadre qui offre statistiquement plutôt moins de garanties pour assurer le bien être et l’éducation d’enfants que les couples homme-femme.
Par ailleurs, il ressort que l’ensemble de ces études, que leur auteur se situe dans une frange militante ou non, ne font que confirmer un phénomène bien connu des pédopsychiatres en général et des thérapeutes familiaux en particulier: l’enfant a tendance à reproduire les schémas et modèles du milieu dans lequel il est élevé. Dans le cas de l’homoparentalité cela semble particulièrement sensible en ce qui concerne les notions de stabilité affective, d’affirmation de l’identité de genre ainsi que le fait d’envisager plus facilement une orientation homosexuelle.
Ainsi, s’il parait tout à fait excessif d’écarter à priori l’homoparentalité dans le cas de certaines situations familiales complexes, comme une solution possible mais non idéale et qu’il convient alors comme pour les cas déjà existants de l’ encadrer pour que les enfants aient le moins possible à souffrir de discriminations, il ne semble pas en revanche souhaitable de la favoriser, donc de légiférer en sa faveur.

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A propos servusethumilis

Très humble serviteur du Christ et de l'Eglise ainsi que de tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté...sans oublier leurs enfants puisque je suis pédopsychiatre.
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4 commentaires pour Homoparentalité: Que disent réellement les études et quelles sont leurs limites?

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