LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Monsieur le président,

Alors que vous vous apprêtez à faire paraitre devant le parlement une loi visant à modifier l’institution du mariage pour l’ouvrir à des couples de même sexe et à autoriser l’adoption par ces mêmes couples,  je pense de mon devoir en tant que pédopsychiatre, d’ajouter ma voix à celle d’un grand nombre de mes confrères, mais également à celles de philosophes, d’historiens de juristes, d’hommes et de femmes politiques de tous bords, ainsi qu’à celle des représentants des grandes religions pour vous mettre en garde contre les effets de telles décisions sur l‘avenir à long terme de notre société.

Chef de service dans un département où ma spécialité traverse plus qu’ailleurs une crise mais intervenant également une fois par semaine à Paris, il ne se passe pas une semaine où je ne sois amené à constater les effets déplorables de la perte des repères familiaux et sociétaux chez des enfants et des adolescents de tous milieux et conditions sociales que je suis amené à rencontrer (inversion des rôles entre les générations, abandon inquiétant de la place des pères laissant les mères seules et souvent démunies, avec pour conséquence la multiplication de problématiques éducatives dont nos dirigeants refusent depuis trop longtemps de prendre la mesure). J’ajoute par ailleurs que ce constat avait déjà été fait en 2004 par Lionel Jospin sans qu’aucune mesure incitative n’ait été mise en œuvre pour rendre les unions plus stables et lutter ainsi contre la précarité des liens familiaux si délétère pour les enfants.

Parler aujourd’hui de modèles familiaux multiples que l’on voudrait mettre sur un pied d’égalité est une erreur. Seule la structure familiale composée d’un père et d’une mère élevant ensembles leurs enfants constitue une base saine, solide et sécurisante pour assurer d’une façon optimale leur éducation comme l’a encore montré une récente étude américaine(1). Toutes les autres structures qu’on voudrait aujourd’hui nous faire reconnaître comme équivalentes sous le seul prétexte qu’elles existent sont des structures familiales souffrantes, blessées, handicapées dans lesquelles il est plus difficile à l’enfant de s’épanouir.

Le phénomène décrit sous le nom d’homoparentalité recouvre des réalités familiales extrêmement diverses et différentes suivant que l’enfant a ou non des contacts avec ses deux parents biologiques. La diversité de telles situations réclame des réponses au cas par cas et non une loi. C’est-ce qui se passe actuellement dans le cadre de la délégation d’autorité parentale qui a l’avantage de faire respecter le droit des deux parents biologiques. De plus, le fait que de telles structures familiales existent déjà n’est pas une raison pour les banaliser en les officialisant par des lois. Il y a fort à parier que les enfants qui vivent dans de telles situations sont aujourd’hui mieux protégés qu’il ne le seraient demain si elles venaient à être officialisées. En effet, selon de nombreuses études (2) leur caractère « hors norme » incite actuellement les parents à être particulièrement vigilants au bien être de leurs enfants ce qui ne serait probablement plus le cas.

Il se trouve que ma profession m’amène aussi à rencontrer des personnes homosexuelles, qu’il s’agisse de patients adolescents ou de leurs parents. Parmi ces personnes, ce projet de loi est loin de faire l’unanimité. Certaines se sont exprimées publiquement pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme le caractère foncièrement homophobe de cette loi qui voudrait nier leur différence et ont également manifesté leur attachement au principe de la parité dans le couple parental. (vous me permettrez de vous faire remarquer au passage que la gauche qui s’est tant battue pour faire valoir la parité au sein des instances dirigeantes de notre pays devrait être sensible à sa représentation au sein des familles) Ils craignent aussi de payer plus tard les pots cassés des conséquences sociétales qu’elle entraînera.

En touchant aux repères stables et objectifs que sont la différence des sexes et la parenté biologique pour les remplacer par les repères mouvants et subjectifs que sont l’orientation sexuelle et la parentalité fondée sur la seule volonté, vous fragilisez les fondements mêmes de la société. Or lorsque les règles qui régissent le fonctionnement d’un groupe humain ne se fondent plus sur les critères stables du réel, on entre dans le règne de l’arbitraire et de la loi du plus fort.

Je vous en supplie monsieur le président,

Au nom de la raison et du réel

Au nom de nos enfants qui ont droit au meilleur

Au nom de l’intérêt des personnes homosexuelles elles mêmes

Renoncez à ce projet

Ne soyez pas le président qui aura contribué à rendre notre société encore plus folle et à la diviser au moment où elle a le plus besoin d’être unie, solidaire et réconciliée.

 

 

 

(1) Mark Regnerus, Social Science Research, jul 2012

(2) entre autres l’étude de S. Nadaud, seule étude française sur le sujet

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A propos servusethumilis

Très humble serviteur du Christ et de l'Eglise ainsi que de tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté...sans oublier leurs enfants puisque je suis pédopsychiatre.
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5 commentaires pour LETTRE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

  1. V. dit :

    Merci d’indiquer vos sources (étude américaine, « nombreuses études »), sans quoi leur utilisation perd toute valeur scientifique.

  2. Je retiens que les décisions basées « sur la seule volonté,[…] fragilise les fondements mêmes de la société ». Ou plutôt fragilise l’état. Le groupe doit-il choisir pour l’individu, ou les lois doivent-elles s’adapter à l’évolution de la société? Entre libéraux et conservateurs, entre collectivistes en individualistes, le débat n’aura certainement pas de fin, et n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle.

    • Merci Amélie pour la pertinence de votre commentaire. Je suis heureux en effet que l’on puisse sortir ce débat du problème de l’orientation sexuelle pour se concentrer sur la question de fond qui est en fait celle du bien commun, question qui selon moi n’est ni conservatrice ni libérale ou peut être les deux à la fois selon l’angle sous lequel on la regarde. En revanche je maintiens que c’est bien la société et non l’état qui risque d’être fragilisée. Pour aller encore plus loin c’est à mon avis la conception même de l’humain qui se trouve bouleversée par l’ensemble des lois sociétales que l’on cherche actuellement à faire passer. On renonce à une vision transcendante de l’homme pour le transformer en simple produit de consommation. L’homme n’est même plus un loup pour l’homme selon la maxime de Hobbes, il est devenu une marchandise pour ses semblables, marchandise que l’on se procure ou qu’on jette au gré de son bon vouloir…

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