MARIAGE ET SOCIETE-MARIAGE ET PARENTE

« Le mariage, c’est l’institutionnalisation de la différence des sexes » (Elisabeth Guigou)
Le récent projet de loi sur le mariage suscite d’importantes controverses. Afin de mieux en comprendre les enjeux il n’est pas inutile de rappeler que le mariage n’est pas un simple contrat (c’est-à-dire un accord entre personnes) mais une institution c’est-à-dire, comme l’entend la définition même de ce mot, une règle qui régit le fonctionnement de la société.
Ainsi, le mariage n’est pas seulement un acte qui se contente de lier deux personnes entre elles, mais qui crée des liens entre le couple ainsi créé et la société qui lui confère un statut particulier en tant que cellule de base. Le couple formé d’un homme et d’une femme est donc déjà à lui seul une mini société (de fait on peut considérer que le couple formé de l’homme et de la femme est la plus petite société capable de résumer l’humanité dans sa différence et sa diversité fondamentale qui est celle des sexes).
Qu’on le veuille ou non, le mariage civil ainsi définit, du fait même de sa dimension institutionnelle a une dimension religieuse au sens horizontal du terme, celui qui signifie relier. Dans ce contexte, il peut sembler compréhensible que des personnes qui se sentent négligées (le mot négligence est étymologiquement l’opposé du mot religion) ressentent le besoin d’être reconnues et d’une certaine façon reliées à la société. Ainsi la demande faite par certaines personnes homosexuelles qui demandent le mariage est sans doute de nature plus religieuse qu’il n’y paraît bien qu’elles insistent sur le fait que leurs revendications ne concernent que le mariage civil.
Pourquoi alors et sur quels arguments refuser le mariage à deux personnes de même sexe ? Il me semble qu’il faut partir du sens même du mariage et de son articulation avec la réalité. L’humanité connaît une division fondamentale : celle des sexes. Le sens même de la sexualité repose sur cette division même. L’union de l’homme et de la femme représente et résume en quelque sorte l’humanité.
Ainsi si au cours des siècles les différentes sociétés qui se sont succédées on pu considérer voire parfois reconnaître plus ou moins officiellement différentes orientations sexuelles (l’homosexualité ne date pas d’hier) elles n’ont en revanche jamais érigé au rang d’institution un autre type d’union que celle de l’homme et de la femme (à tous le moins pour les sociétés qui reconnaissaient officiellement l’union de deux personnes de même sexe, ce type d’union n’était jamais mis sur le même rang). Pourquoi un tel choix ? Simplement parce qu’il relève du simple principe de réalité. Réalité de la division du genre humain en deux sexes complémentaires et non interchangeables, réalité du sens de la sexualité, réalité de la capacité à procréer et à assurer une filiation du couple homme femme.
J’ai l’impression ici de proclamer des évidences qui ne semblent malheureusement plus avoir cours pour tout le monde. Ainsi un courant de pensée relativiste très en vogue actuellement se plait à comparer l’orientation sexuelle à la latéralisation et à considérer que le fait que la société se soit organisée autour du couple homme femme et qu’elle ait privilégié ce modèle ne correspond qu’à un choix tout à fait arbitraire imposé à une minorité par la majorité (de la même façon que les droitiers auraient arbitrairement imposé aux gauchers minoritaires le sens de l’écriture de la gauche vers la droite et autres conventions concernant la vie sociale et relationnelle. Si donc la place accordée à l’homosexualité dans la société ne relève que de l’arbitraire, les personnes homosexuelles se sentiraient donc à bon droit discriminées et fondées à faire évoluer la société dans un sens plus égalitaire. Sauf que le couple homosexuel évacue la différence fondatrice des sexes dans toutes ses dimensions qu’elles soient physiques ou psychologiques. A considérer donc qu’un homme vaut une femme et réciproquement on peut également se demander quelle est la valeur du combat des féministes pour obtenir par exemple la parité en politique ?
Etonnamment d’ailleurs, les adolescents qui m’ont fait part de l’émergence en eux d’un désir homosexuel ont généralement parfaitement saisi le conflit qui existe entre la nature de leur désir et la nature même de la sexualité. Certains m’objecteront ici la pression sociale d’une société « hétéronormée » selon la terminologie en vigueur, je pense pour ma part qu’il s’agit simplement de la prise de conscience d’un désaccord avec le réel, comme en témoignait une confidence écrite par un jeune patient de quatorze ans au parcours institutionnel difficile m’évoquant son attirance pour les garçons et ses premiers passages à l’acte homosexuels tout en faisant remarquer qu’ayant constaté sur lui les premiers signes de la puberté, il devait faire attention parce qu’il risquait d’avoir des enfants…
Cette différence des sexes qui est loin d’être un détail pour le couple n’en est pas un non plus lorsqu’il s’agit de l’enfant.
Il n’est peut être pas inutile de rappeler que plus de 75% des enfants vivent encore en France avec leurs deux parents. La structure familiale père-mère –enfant(s) est donc de loin la plus nombreuse et n’est pas encore prête à disparaitre.
Certes comme le faisait remarquer lors de son allocution à l’Assemblée Nationale le député martiniquais Bruno Nestor Azérot, le mariage met actuellement davantage l’accent sur les sentiments que sur la fondation d’une famille, toutefois on voit encore beaucoup de couples « régulariser » leur union après la naissance d’un ou de plusieurs enfants, souvent par volonté d’apporter à ces derniers un cadre plus sécure.
On sait par de nombreuses études que les interactions entre l’enfant et son père sont qualitativement très différentes des interactions entre l’enfant et sa mère. Même lorsque c’est le père qui est le référent parental principal, il ne s’occupe pas de l’enfant comme le ferait une mère (voir l’interview que j’ai donnée pour le rouge et le noir http://www.lerougeetlenoir.org/les-inquisitoriales/vincent-rouyer-pedopsychiatre-sur-le-mariage-pour-tous ainsi que l’excellent article de Koz sur ce sujet http://www.koztoujours.fr/?p=15204)
Cette richesse est indéniable et incontestable, même si nous connaissons tous des personnes qui s’en sont bien tirées alors que leur manquait un référent paternel ou maternel (ils n’ont pas forcément moins souffert pour autant)
J’achèverais cet exposé par une anecdote rapportée par une éducatrice de mon service à propos de son fils de 6 ans. Il y a quelques temps la famille s’était rendue en Ecosse pour assister à l’union civile d’un cousin avec son compagnon. Belle cérémonie très solennelle où les deux compagnons étaient revêtus de la tenue traditionnelle écossaise suivie d’une grande fête. Plusieurs mois plus tard, de façon impromptue, l’enfant aborde sa mère et lui dit : « tu sais, moi je ne veux pas aller vivre en Ecosse » (peut être la famille avait elle émis un moment cette éventualité. Questionnement de la mère : Ah bon, Pourquoi ? Réponse de l’enfant : « parce que j’ai pas envie de me marier avec un garçon… »
Et si la vérité sortait juste de la bouche des enfants ?

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A propos servusethumilis

Très humble serviteur du Christ et de l'Eglise ainsi que de tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté...sans oublier leurs enfants puisque je suis pédopsychiatre.
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