SUPPLIQUE AUX DIRIGEANTS DE « LA MANIF POUR TOUS »

 

Une certaine intimité que j’entretiens, de par ma foi catholique et mon éducation, avec la culture biblique m’a amené récemment à considérer la façon souvent déconcertante dont les prophètes agissent pour transmettre au peuple des croyants et à ses dirigeants un message divin. En effet, les exemples ne manquent pas chez les prophètes d’Israël d’attitudes incompréhensibles, souvent en apparence irrationnelles, destinées à faire comprendre au peuple et à ses chefs qu’ils marchent dans la mauvaise direction. Du célibat de Jérémie aux périodes de mutisme d’Ezechiel en passant par l’histoire conjugale d’Osée, qui choisit volontairement d’épouser une prostituée, les prophètes parlent autant par les actes qu’ils posent que par leur discours, qui prend souvent l’opinion dominante à contrepied… Plus tard  le Christ des évangiles n’hésitera pas lui aussi à étonner ses contemporains par ses actes, et dans l’histoire du christianisme on verra de nombreux saints, comme un Philippe Neri ou même un saint François d’Assise, adopter de telles attitudes déconcertantes destinées à faire réfléchir.

Dans ma vie, j’ai eu l’occasion de croiser de très rares fois de tels prophètes, qui savaient aller à contre-courant d’une pensée dominante, qui semble juste en apparence mais en apparence seulement, pour dénoncer, souvent à la consternation de tous, le ver qui se cache dans le fruit. Il ne suffit pas en effet qu’une cause soit juste pour être défendue. Encore faut-il aussi que les moyens et les arguments avec lesquels on la défend soient justes et adaptés pour être efficaces.

Philippe Arino fait partie de ces êtres d’exception. Professeur d’espagnol en lycée professionnel, essayiste, homosexuel lui-même, il développe à travers ses ouvrages une vision sans concessions mais animée d’une réelle charité sur l’homosexualité, comme en témoigne son dernier ouvrage, « L’homosexualité en vérité ». Philippe Arino s’est également illustré par les conférences qu’il a commencé à donner un peu partout en France depuis le mois de septembre 2012, ayant pris un an de congé sabbatique pour mieux faire connaître, notamment dans les milieux chrétiens mais pas seulement, son expérience et son point de vue iconoclaste sur l’homosexualité.

Lorsque, à la suite de l’élection de François Hollande à la présidence de la République, on a commencé à parler d’un projet de loi autorisant le mariage pour les couples de même sexe, il a été dans les tout premiers à s’engager contre. C’est notamment par son intermédiaire que j’ai assisté au Sénat à la présentation d’un avant-projet par la sénatrice EELV Esther Benbassa.

Aussi, lorsqu’au lendemain de la manifestation du 13 janvier dernier, que tous présentaient comme un succès, il dénonçait sur son blog (http://www.araigneedudesert.fr/page/temoignages.html) « une manif homophobe finalement », ce fut une première consternation. Je cite la phrase résumant son impression : « La Famille a occupé le haut du pavé, alors que nous savons très bien que c’est au nom de l’« amour » homosexuel, au nom de la reconnaissance de l’homosexualité, et par les personnes homosexuelles, que cette loi du « mariage pour tous » risque de passer comme une lettre à la Poste ».

Plus récemment, sa décision annoncée de ne pas participer à la manifestation du 24 mars a fait l’effet d’un coup de tonnerre, et nombreux sont ceux qui depuis ont tenté – sans succès – de le faire changer d’avis.

Ce geste devrait, je pense, nous amener sérieusement à réfléchir à la façon dont nous avons jusqu’à présent mené notre action. Je résumerais l’argumentaire de Philippe en 3 points :

1)      C’est au nom des personnes homosexuelles que l’on est entrain de faire passer la loi sur le mariage pour tous. Il aurait donc été logique que nos porte-parole soient majoritairement des personnes homosexuelles ;

2)      C’est au nom de l’amour homo et de la reconnaissance de l’identité homosexuelle que la loi Taubira est en train d’être validée socialement. Il est donc nécessaire que soit porté un jugement de valeur sur « l’amour homosexuel » afin de pouvoir contrer l’argument relativiste sur lequel repose l’ensemble de ce projet : « la différence des sexes n’a aucune importance pour l’amour », autrement dit « l’amour n’a pas de sexe » ;

3)      Les anti-mariage-pour-tous n’ont pas su rejoindre le faible argumentaire affectif des pro-mariage-pour-tous (pourtant basé sur 5 mots qu’ils sont bien incapables d’expliquer : « droit » – « Égalité » – « progrès » – « homosexualité » – « homophobie »). Ils ont préféré partir de ce qu’ils savaient (et qui est juste sur le papier), plutôt que de ce que croient les défenseurs du projet de loi. Ils ont finalement mis la Vérité avant les personnes et la Charité.

Sur le premier point, reconnaissons que les précédents qui se sont produits en Europe tendent à lui donner raison. Si la Belgique n’a pas connu de forte opposition au projet de loi de mariage pour tous, l’Espagne en revanche a connu une forte mobilisation, avec plus d’un million de personnes dans les rues et la participation plus qu’active de l’ensemble du clergé. Le nombre n’a donc pas suffi à faire plier le gouvernement espagnol. Je reviendrai plus tard sur la critique des arguments que nous avons utilisés, mais pour ce qui est simplement de la forme, je pense qu’il aurait été approprié de laisser les personnes homosexuelles qui étaient contre ce projet être nos porte-parole. Imaginons la force symbolique d’une foule menée majoritairement par des personnes homosexuelles contre un projet de loi qui aurait été conçu pour elles. Quel hommage également rendu à ceux et celles qui, parmi les personnes homosexuelles, ont pris de gros risques en prenant ouvertement position contre ce projet que de les mettre en tête de cortège et de leur laisser prioritairement la parole. Une belle occasion manquée ! Nous savons par ailleurs que si cette loi passe, ce sont les personnes homosexuelles qui en seront avec les enfants les premières victimes. Il n’est que de voir l’augmentation des actes homophobes dans les pays où le mariage homosexuel a été autorisé : viols correctifs de lesbiennes en Afrique du sud, augmentation des agressions à caractère homophobe en Belgique. Lors de la première réunion du collectif en octobre, je me souviens avoir mis en garde sur l’importance de prendre en compte la souffrance des personnes homosexuelles qui servait incontestablement de support à cette loi, faisant même un parallèle avec la loi sur l’avortement et la souffrance des femmes enceintes en situation de détresse, trop négligée par les opposants à la loi Veil.

Sur le deuxième point, je pense qu’il faut avoir le courage de dire la vérité, comme j’ai eu l’occasion de la dire lors de différents débats et tables rondes auxquels j’ai participé, même si cette vérité n’est pas « politiquement correcte » : toutes les orientations sexuelles ne se valent pas. Ce n’est ni moi ni Philippe Ariño, ni même une quelconque morale, qui portons un jugement de valeur sur la réalité du désir homosexuel : ce sont simplement les faits. L’étude de Gunnar Anderson sur les taux de divorce des couples dans les populations scandinaves montrent que les couples de même sexe sont moins stables que les couples hommes-femmes, même dans les pays où le mariage est autorisé pour les couples de même sexe. Cette tendance se maintient alors que la loi a été promulguée depuis presque 20 ans. Si les couples d’hommes semblent un peu plus stables que les couples de femme, l’infidélité y est en revanche beaucoup plus élevée que pour les couples homme-femme. Ceux qui se sont penchés sur ce phénomène semblent avoir trouvé l’explication dans le fait que, indépendamment même de l’orientation sexuelle, la psychologie et les besoins affectifs de l’homme et de la femme sont en quelque sorte mieux ajustés pour une personne de l’autre sexe que pour une personne de même sexe. Il est intéressant de constater que le matraquage que nous subissons depuis des années à travers les médias nous a fait perdre la conscience d’un certain nombre de réalités fondamentales concernant l’amour, l’homme et la femme, au point de nous faire oublier (ou de nous interdire de dire, ce qui est pire) que la différence des sexes n’est pas un simple détail dans une relation amoureuse, ce qui ne revient pas à nier la réalité que peuvent vivre certains couples homosexuels, mais consiste simplement à remettre les choses à leur juste place. Certains trouvent le discours de Philippe Arino sur ce sujet trop difficile à entendre, trop peu porteur, voire carrément inaudible, et voudraient qu’il se contente des officines religieuses et des arrière-boutiques des sacristies. Irons-nous donc jusqu’à penser qu’on ne peut mener de bonne action politique qu’avec des mensonges ou des demi-vérités ? Ne serait-ce pas faire le jeu d’une politique politicienne et démagogique que nous dénonçons ? Pour ma part, je pense que la vérité est toujours audible lorsqu’elle est administrée avec patience et persévérance comme un remède et non assénée comme une arme. Or nous sommes face à une société malade et intoxiquée qui a plus que jamais besoin d’un remède pour se réveiller.

J’en viens au troisième et dernier point, celui qui concerne les arguments. Il faut bien reconnaître que les arguments des partisans du mariage pour tous sont d’une grande indigence pour quiconque sait utiliser sa raison. Je m’en suis fait récemment la remarque en discutant avec des philosophes comme Thibaud Colin et François-Xavier Bellamy. Le problème est que les arguments rationnels n’atteignent absolument pas les partisans du « mariage pour tous », qui se trouvent englués dans une confondante sincérité et où l’émotionnel l’emporte de loin sur le rationnel. Tout tourne autour des mots « droit », « Égalité », « progrès », « homosexualité », « homophobie ». Du coup, on assiste depuis le début à un véritable dialogue de sourd. On n’ose plus rappeler que le droit concerne des personnes, pas des orientations sexuelles, que le mariage est, comme le rappelait jadis Elisabeth Guigou, l’institutionnalisation de la différence des sexes mais qu’il ne concerne pas une orientation sexuelle plus qu’une autre, que toute évolution n’est pas forcément un progrès, que l’homosexualité est une blessure dont les personnes homosexuelles sont les premières victimes, et que la souffrance qu’elle engendre n’est pas le seul fait du regard de la société (la proportion de suicides chez les jeunes homosexuels n’a pas diminué depuis le milieu des années 80 malgré une évolution et un regard nettement moins stigmatisant de la société), et enfin que l’homophobie concerne des actes violents commis contre des personnes homosexuelles et non un discours critique sur des pratiques ou les limites d’un désir (parler de limites ne consiste ni à en nier l’existence ni à en nier la valeur). Quant au discours qui a pris le pas sur le précédent, celui des conséquences pour l’enfant, non seulement les partisans du mariage pour tous le prennent pour un prétexte (Ont-ils vraiment tord ? je pense personnellement que oui mais je ne suis pas persuadé que cela n’en soit pas un pour beaucoup d’opposants), mais en plus ils s’en moquent éperdument. J’en veux pour témoignage la réaction d’Erwann Binet – qui m’a été rapportée par Béatrice Bourges – lors de l’entrevue qu’il a eu avec Aude Mirkowic, au cours de laquelle celle-ci soulevait un certain nombre de points juridiques épineux conséquences de la loi concernant la filiation. Réponse d’Erwann Binet : « On trouvera bien une solution… »

Dans la Bible, les prophètes posent des actes pour susciter une réflexion et, par là même, une conversion. Il n’est pas certain qu’ils cherchent à être imités, ni qu’il faille le faire. A chacun de se déterminer suivant sa conscience.

Philippe Arino n’ira pas manifester le 24 mars. Pour autant, son combat, qui dépasse largement celui de la Manif pour tous, n’est pas terminé. Sa réflexion peut et doit nourrir notre action.

Je me démarquerais peut-être de son propos sur un dernier point : je ne pense pas qu’il soit trop tard pour changer, je ne crois pas non plus que ce combat soit inutile.

 

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A propos servusethumilis

Très humble serviteur du Christ et de l'Eglise ainsi que de tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté...sans oublier leurs enfants puisque je suis pédopsychiatre.
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17 commentaires pour SUPPLIQUE AUX DIRIGEANTS DE « LA MANIF POUR TOUS »

  1. Anya dit :

    En 1973, l’homosexualité a été retirée de la liste des pathologies par l’APA (American Psychiatric Association, sans aucune étude scientifique, à la suite d’une décision politique. Ce fut une victoire apparente du lobby LGBT et une catastrophe pour les personnes homosexuelles. Aujourd’hui, il est impossible de prendre en charge, par des thérapies appropriées, la souffrance des personnes homosexuelles qui vivent mal leur homosexualité. On leur martèle qu’ils vont bien, qu’ils doivent « assumer leur homosexualité », être heureux à tous prix, « gays » (gais) et de ce fait, on les bâillonne. Leur parcours personnel parfois douloureux, leurs questionnements sur leurs rapports avec d’autres homosexuels, tout cela est nié, occulté sous l’apparence festive, frivole et cool qu’on exige d’eux.
    J’ai des amis transsexuels malheureux comme les pierres. Il n’y a personne pour leur tendre la main, les orienter sur un psychiatre ou même se demander pourquoi ils vont si mal. Les autres ne voient pas leur détresse ou quand ils s’en aperçoivent, ils en rient. Ce sont des caprices « de diva » et rien d’autre. Ils sont censés se porter comme des charmes, non ? De quoi se plaindraient-ils ? D’une vie à enchaîner les fêtes ?
    Si l’homosexualité était restée à sa place de pathologie dans le DSM de l’APA, combien de thérapies pour aider les personnes homosexuelles en difficulté auraient pu être développées ? Combien de suicides évités ? Impossible à savoir.
    L’homophobie la plus crasse, la plus nuisible, vient du lobby LGBT.

    • Merci Anya pour ce commentaire qui me confirme ce que je vois et ce à quoi j’assiste. Il est effectivement temps de dénoncer cette imposture qui ne repose que sur du pur arbitraire. Il est temps de se rendre compte que le roi est nu

    • Martin dit :

      Vraiment, tant de mauvaise foi, ça force le respect.
      Et pouvez-vous nous donner les références des études scientifiques incontestables qui justifiaient l’inscription de l’homosexualité sur la liste des pathologies ? Ou donc ont été étudiées ces merveilleuses thérapies permettant la guérison de cette terrible maladie qui condamne à la souffrance éternelle ? Où sont les références permettant de prouvez l’efficacité de ces thérapies ? Je voudrais vraiment les consulter si vous êtes capable de les trouver.
      Voilà donc la position répugnante du catholicisme conservateur dans toute sa splendeur. La personne homosexuelle DOIT souffrir. C’est un ordre pour elle. Si elle prétend le contraire, c’est forcément qu’elle se ment à elle même. Si elle rencontre une difficulté dans sa vie, c’est forcément lié à son homosexualité. Ce faisant, les catholiques déversant leur pitié obscène sur les personnes homosexuelles leur ferment bien soigneusement la route de l’avenir. Pour elle, pas de construction de couple possible. Pour elles, la souffrance à vie, la solitude et la honte. Surtout, ne jamais leur proposer d’exemples optimistes. Surtout, ne pas leur laisser penser qu’elles pourraient se construire comme tout être humain avec ce désir particulier. Surtout, les enfermer dans la souffrance. Et enrober le tout sous un vernis chrétien, à coup de croix à porter, de compassion dégoulinante, et de manipulation mentale. Où est l’Evangile dans cette histoire ? On ne sait pas trop, mais la domination de celui qui prétend mieux connaître que les personnes concernées la vérité de leur histoire et de leur désir, elle apparaît de manière très claire. Et elle est vraiment laide.

      • Je crois Martin que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde et que nous ne parlons pas exactement des mêmes choses, je vais donc tenter d’éclaircir certains points:
        Bien que ce ne soit pas moi qui ait évoqué la suppression de l’homosexualité des classifications internationales des troubles mentaux, il faut reconnaître qu’il s’agit bien d’une décision purement politique prise sous la pression des associations homosexuelles particulièrement représentées dans le milieu psychiatrique américain. Aucun argument scientifique ne vient l’étayer pas plus que la décision prise par Roselyne Bachelot de retirer le trouble de l’identité de genre de la liste des pathologies reconnues par la sécurité sociale. Décision purement politique prise sous la pression des associations LGBT sans qu’aucun avis d’un quelconque comité scientifique n’ait été requis. Le résultat qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore est que l’homosexualité tout comme les troubles de l’identité de genre est considérée comme une norme ou variante de la norme (ce qui pour le moins relève d’un oubli du sens même de la sexualité ) et que les personnes homosexuelles ou présentant un trouble de l’identité de genre ne se voient plus le droit d’être autorisées à en souffrir (je ne parle pas d’une obligation de souffrir mais d’une permission de reconnaître une souffrance). Toute souffrance est systématiquement mise sur le compte de la seule société qui serait stigmatisante (cela n’explique pas à mes yeux que le taux de suicide particulièrement élevé des jeunes homosexuels n’ait pas diminué depuis que le phénomène a été décrit au milieu des années 1980 alors que le regard de la société sur l’homosexualité lui a beaucoup évolué). Depuis également toute recherche concernant l’homosexualité ou des sujets approchants (comme l’homoparentalité) est soigneusement contrôlée par un sérail d’associations militantes. Les études dont les résultats pourraient déranger ne reçoivent pas de financement ou sont descendues en flèche lorsqu’elles parviennent à être publiées, ce qui élimine d’emblée toute objectivité scientifique.

        Par ailleurs l’homosexualité n’étant plus considérée comme un trouble susceptible de bénéficier de soins spécifiques (et là encore , il ne se serait pas agit d’imposer une thérapie à des personnes qui n’en verraient pas l’utilité) , il est bien évident qu’aucun scientifique sérieux ne s’est engagé dans une recherche sur des thérapies destinées à soigner un mal qui n’existe pas.

        Je vous laisse la responsabilité de vos propos sur le catholicisme qui n’a jamais dit qu’une personne homosexuelle devait souffrir. L’Eglise ne condamne pas des personnes mais des actes. Elle considère que l’homosexualité est une souffrance qui n’a pas été choisie c’est pourquoi elle lutte également contre toutes les discriminations injustes qui peuvent être faites aux personnes homosexuelles mais sans justifier l’homosexualité en tant que telle. En d’autres termes les personnes homosexuelles ont les mêmes droits que les autres en revanche l’homosexualité n’a pas à être mise sur le même plan que la relation homme-femme aimante. Cette attitude qui vous semble peut être paradoxale est en fait cohérente: on ne peut aimer une personne souffrante en se faisant complice de sa souffrance.
        Là où je vous rejoins c’est sur la question des exemples « optimistes ». Je pense effectivement que l’Eglise (tout comme la société civile d’ailleurs) manque d’exemples positifs de personnes homosexuelles sur lesquels des jeunes homosexuels pourraient s’appuyer. Il en existe pourtant dont la sainteté a été reconnue. Sans doute cet aspect de leur vie n’est-il pas suffisamment mis en valeur…

      • Martin dit :

        Vous n’avez pas répondu à la question. Vous prétendez que la décision de supprimer l’homosexualité des pathologies mentales est une décision purement politique. Mais vous ne vous appuyez sur rien de précis pour le prouver. Que des associations LGBT fassent pression pour une décision en ce sens, on s’en doute. Si les personnes concernées ne se sentent pas malades, que rien dans leur vie ne permet de considérer qu’elles ont un quelconque handicap hormis celui d’avoir à assumer une différence, il est logique qu’elles se battent pour qu’on cesse de les considérer comme des objets, dont la parole n’aurait jamais de valeur pour parler de leur propre situation et qu’on les considèrent enfin comme des sujets. Ca ne signifie pas que l’APA n’a pris sa décision que sous la pression. D’ailleurs, l’APA n’est pas seule concernée. Aujourd’hui, les seuls milieux quasiment où l’on entend encore une association entre homosexualité et maladie, ce sont les milieux religieux.
        Vu la violence symbolique qui consiste à classer une personne dans la catégorie des malades mentaux, il aurait fallu que les arguments pour y classer l’homosexualité soient très nombreux. Or quels sont-ils ? Où sont les travaux scientifiques qui justifiaient cette classification ? Vous ne m’avez rien cité. Il me semble que comme dans le domaine de la justice où c’est à l’accusation de fournir la preuve de la culpabilité et non pas à l’accusé la preuve de son innocence, c’est aux médecins prétendant considérer des gens comme malades de fournir la preuve de la maladie et non pas aux personnes concernées de prouver qu’elles sont saines d’esprit. Autrement nous vivrions dans un monde kafkaïen où l’arbitraire serait une vertu.

        Contrairement à vos affirmations, on peut tout à fait suivre une thérapie quand on ne vit pas bien son homosexualité, quand on en souffre. Simplement, l’idée est que cette souffrance n’est pas due à l’homosexualité en tant que telle, mais à la façon dont la personne la vit.

        Et enfin, votre défense de la position de l’Eglise me conforte dans ma vision. Encore et toujours la souffrance. La personne homosexuelle est FORCEMENT souffrante. L’homosexualité est FORCEMENT une blessure. A partir de là, on étouffe les personnes concernées sous la pitié, la condescendance, la compassion en veillant bien soigneusement à ne pas ouvrir une route d’émancipation. Une personne homosexuelle prend-elle la parole pour dire qu’elle n’est pas plus souffrante qu’une autre, qu’elle a construit une couple fécond et qu’elle se sent épanouie ? Aussitôt l’Eglise nie cette parole. Forcément, la personne se ment à elle-même. Elle occulte sa douloureuse blessure. Elle nie sa souffrance. Je ne trouve pas le discours de l’Eglise paradoxal. Je le trouve à la fois scandaleux et parfaitement inepte. Il ne repose sur rien de réel, mais seulement sur des clichés, des préjugés et sur une anthropologie biblique qui refuse de se confronter au réel. Vu son discours, il est tout à fait normal qu’elle n’ait aucun exemple positif à offrir aux jeunes homosexuels.
        D’ailleurs, puisque l’Eglise fait une différence entre la personne et les actes, pouvez-vous m’expliquer pourquoi elle refuse l’ordination des personnes présentant une orientation homosexuelle profonde, sous-entendant que ce refus est indépendant des actes de la personne ? Et pourquoi le Cardinal Ratzinger que tout le monde trouve si doux considérait-il normal dans les années 70 qu’on refuse l’accès à un poste au contact des enfants tel qu’enseignant ou éducateur sportif au motif de la seule orientation sexuelle de la personne, sans considérer ses actes. Ce n’est pas un paradoxe ça, c’est juste l’hypocrisie d’une institution homophobe.

      • Cher Martin, pardonnez moi d’avoir mis un peu de temps pour répondre à votre dernier commentaire qui demandait une réponse argumentée. Permettez-moi au passage de vous remercier de me donner l’occasion d’approfondir et de développer ma réflexion car les questions que vous posez sont réellement au coeur du débat actuel. Même si nous ne parvenons pas à tomber d’accord du moins serons nous parvenus à poser le problème dans des termes appropriés.
        En ce qui concerne l’exclusion de l’homosexualité de la liste des troubles mentaux (qui ne sont pas nécessairement des maladies. Et quand bien même, doit -on considérer par exemple que le fait pour un déprimé d’être classé dans la catégorie des pathologies mentales serait une violence symbolique ?) cette question réclamerait une réflexion approfondie sur la notion du normal et du pathologique. En science la norme se fonde sur une définition purement statistique. Est considéré comme « normal » un phénomène dont la fréquence peut varier entre +2 et -2 écarts types par rapport à une médiane. Tout comportement dont la fréquence est inférieure à 5% par rapport à la population générale est donc considéré comme hors norme. Mais cela ne suffit pas pour que l’on puisse parler de pathologie.
        Pour que l’on puisse parler de pathologie, il faut que lorsque la variable étudiée se situe en dehors de la norme cela entraîne un dysfonctionnement et/ou une souffrance. Cela marche assez bien par exemple pour la glycémie: au delà d’une certaine valeur cela entraîne un diabète, en deça une hypoglycémie avec des conséquences immédiates (malaise, étourdissement etc…). En ce qui concerne l’homosexualité les choses sont un peu plus complexes, je vous l’accorde. D’autant que l’on ne sait pas très bien au juste ce que l’on doit étudier. Les actes homosexuels par exemple dépassent largement le cadre des personnes qui se revendiquent homosexuels. Il me semble que la meilleure façon de considérer les choses est de prendre en compte le désir homosexuel c’est à dire le désir, l’attirance pour une personne de même sexe. Premier constat, le désir homosexuel n’est pas réparti dans la population de façon catégorielle, c’est à dire que la population n’est pas divisée en homosexuels d’un côté et hétérosexuels de l’autre. Le rapport Kinsey qui remonte aux années 1950 et dont la méthodologie pourrait être sur certains aspects critiquée (mais laissons cela de côté) avait déjà mis en évidence que les orientations homosexuelle et hétérosexuelle étaient en fait des dimensions et qu’il existait une graduation entre les personnes ayant une orientation exclusivement hétérosexuelle et celles ayant une orientation exclusivement homosexuelle. Sur ce seul constat on peut déjà conclure qu’on ne peut considérer l’homosexualité comme une identité au même titre que le sexe par exemple (ce que de nombreux militants n’hésitent pas à revendiquer). Maintenant que recouvre le terme d’homosexuel ou de personne homosexuelle (qui s’il a l’avantage de rappeler que derrière l’homosexualité, il y a d’abord des personnes, ne me convient que très partiellement)? je pense, pour ma part,que l’on devrait parler d’une personne ayant un désir homosexuel exclusif ou nettement prédominant (c’est un peu long je l’avoue mais nettement plus précis pour savoir de quoi on parle).
        Reste maintenant à considérer si le désir homosexuel relève du normal ou du pathologique (à savoir, le désir homosexuel entraîne-t-il un dysfonctionnement et/ou une souffrance ?). On ne peut nier tout d’abord que le désir homosexuel se retrouve en inadéquation avec la fonction biologique de la sexualité. Le fait qu’il existe des comportements homosexuels dans la nature n’est pas en soi un critère de normalité, de fait ces comportements sont, le plus souvent, marginaux et peuvent être liés à des conditions particulières. Certes comme me faisait remarquer un contradicteur, la sexualité a également une fonction récréative mais ce n’est pas sa fonction première. Par ailleurs l’homosexualité n’est pas seulement une question de sexualité mais de désir comme je l’ai dit précédemment) Lorsqu’on s’intéresse aux comportements humains toute la complexité relève du fait que chez l’homme nature et culture s’influencent réciproquement. Le fait que le nombre de suicides soit significativement plus élevé chez les jeunes homosexuels tend à prouver que l’homosexualité est associée pour le moins à une souffrance psychologique. Reste à savoir si cette souffrance est uniquement le fait du regard de la société – ce que soutiennent les associations militantes- et, de fait, certains milieux peuvent avoir des attitudes excluantes, discriminantes, voir agressives ou violentes vis à vis des personnes homosexuelles (encore qu’il conviendrait de s’interroger sur les raisons profondes de ces comportements homophobes dont on voit mal pourquoi ils pourraient concerner des personnes qui n’ont pas de doute sur leur propre sexualité)- ou si elle est liée à la nature même de leur désir homosexuel (et peut être bien d’ailleurs aux deux à la fois). Les premières statistiques nord américaines sur le suicide des jeunes homosexuels remontent au milieu des années 1980. Les chiffres n’ont quasiment pas bougé depuis, alors que parallèlement on ne peut pas dire que le regard de la société sur les personnes homosexuelles n’a pas évolué en presque trente ans. Ce seul fait tend à démontrer que la souffrance des personnes homosexuelles ne peut pas se résumer au seul fonctionnement de la société.
        Autre argument non négligeable : Les études scandinaves sur la stabilité des couples mariés en fonction de leur composition (homme-homme, femme-femme, homme-femme, sachant qu’en Suède et en Norvège, les unions homosexuelles ont été légalisées dans les années 1990) comme celle de Gunnar Anderson (2006), montrent que les couples de même sexe sont moins stables dans le temps que les couples homme-femme, avec des taux de divorce supérieurs de 2.5 fois pour les couples de femmes et 1.5 fois pour les couples d’hommes (si ces derniers sont un peu plus stables que les couples de femmes, les aventures extra-conjugales y sont par ailleurs plus fréquentes). Cette étude montre que cette tendance (que l’on aurait pu attribuer au départ à un environnement sociétal moins favorable) se maintient dans le temps. Les dernières statistiques concernant les couples belges montrent exactement les mêmes tendances et dans des proportions très semblables. L’une des explications fournies (il en existe peut être d’autres) pour expliquer ce phénomène, est que les besoins psychologiques et affectifs d’une personne sont davantage déterminés par son sexe que par son orientation sexuelle. Ainsi quelle que soit notre orientation sexuelle, les besoins psychologiques et affectifs d’un homme seraient mieux assumés par une femme que par un autre homme et réciproquement pour une femme. Ceci tend à dire qu’il y aurait un dysfonctionnement ou une incongruance entre le désir homosexuel et les besoins réels (en terme affectif et psychologique)de la personne homosexuelle.
        Ceci mis à part vous avouerez qu’il est tout de même surprenant qu’un groupe de patients fasse pression sur la communauté scientifique pour ne plus être reconnus comme des patients (en gros pour que ladite communauté cesse de s’intéresser à eux à mieux comprendre les mécanismes de leur souffrance et peut être même qui sait à leur proposer un jour un traitement efficace). Quoique la chose commence à devenir tendance. Certains plaident par exemple pour que l’autisme soit reconnu comme une autre forme d’intelligence (ce qu’il est certainement), et que l’on reconnaisse que les personnes autistes n’ont pas besoin de soin (en l’occurrence c’est méconnaître leurs sérieuses difficultés dans le domaine des interactions sociales notamment). J’attends le jour où la dépression ne sera plus sur la liste des pathologies mentales… Mais revenons à l’homosexualité. Il n’est évidemment pas question de proposer des soins à une personne qui ne demande rien et qui ne souffre pas (ni ne fait souffrir son entourage car il est des patients qui ne sont pas forcément conscients de leur état). Le déni est un mécanisme souvent très efficace pour se défendre contre une souffrance psychique. Je ne vois pas au nom de quoi on devrait s’attaquer à un mécanisme qui empêche de souffrir tant que ce mécanisme fonctionne. . En revanche, je vois également mal au nom de quoi une personne qui souffre n’aurait pas le droit de nommer sa souffrance. Lorsque j’ai fait mes études de psychiatrie vers la fin des années 1980, donc bien après 1973, on parlait encore d’homosexualité « egodystonique » (c’est à dire reconnue par le patient comme n’étant pas en harmonie avec son identité). On nous apprenait que c’était le seul type d’homosexualité qui pouvait relever de soins. Ce terme a aujourd’hui été remplacé par celui d’homophobie intériorisée. Ce changement de paradigme montre la mise en place d’une véritable police de la pensée sous la pression des lobbies LGBT. Aujourd’hui on n’a plus le droit de souffrir d’être homosexuel (ou plus exactement d’éprouver un désir homosexuel) On est juste autorisé à souffrir du poids des pressions sociétales. Vous parlez d’un monde kafkaïen dans lequel l’arbitraire serait une vertu. C’est exactement le monde dans lequel nous sommes tombés. Monde où chacun décide ce qu’il veut au détriment de tout regard objectif sur le réel.
        Vous semblez contester le fait que pour l’Eglise Catholique, l’homosexualité serait forcément une souffrance. J’entends bien votre point de vue, pour autant, je n’ai à ce jour rencontré aucune personne homosexuelle qui m’aurait affirmé avoir voulu l’être si le choix de son orientation avait pu être parfaitement libre et conscient. Je ne pense pas que reconnaître une souffrance ou un handicap conduise nécessairement à étouffer les personnes concernées sous la pitié, la condescendance ou la compassion comme vous le dites. Ce n’est pas en tout cas le chemin que montre le Christ qui nous invite à prendre notre croix et à le suivre, c’est à dire à porter en union avec lui notre souffrance pour la dépasser et en faire un chemin de vie et de liberté (j’entends liberté non dans le sens où on l’entend le plus souvent qui est de faire ce que l’on veut mais dans le sens de vouloir ce que l’on fait lorsqu’on recherche le bien). Je ne connais pas personnellement un grand nombre de personnes homosexuelles qui se sont épanouies en fondant un couple fécond (et fidèle) mais peut-être en connaissez-vous? L’Eglise ne nie d’ailleurs pas qu’il puisse y avoir quelque chose de bon dans un tel couple, elle dit seulement qu’il y a mieux et elle appelle les personnes homosexuelles (tout comme les autres d’ailleurs) à vivre ce qu’il y a de mieux. Croyez-moi l’Eglise se fonde bien moins sur une quelconque anthropologie biblique (je ne vois d’ailleurs pas en quoi il existerait une anthropologie spécifiquement biblique) mais sur une expérience multiséculaire de la nature humaine.
        Vous me demandez pourquoi l’Eglise refuse l’ordination de personnes ayant des tendance homosexuelles profondément enracinées (je crois bien que dans certains documents il est fait mention du fait d’adhérer au militantisme homosexuel dont le credo, vous en conviendrez est assez éloigné des convictions de l’Eglise sur l’identité de l’homme et de la femme) c’est un point délicat en effet et qui repose aussi en partie sur des éléments d’ordre symbolique qu’il serait sans doute un peu long d’exposer ici. Je vous renvoie au code « curé homosexuel » du dictionnaire des codes homosexuels de Philippe Arino que vous trouverez sur son blog « l’araignée du désert ».
        En ce qui concerne la décision de celui qui était encore à l’époque le cardinal Joseph Ratzinger, je pense qu’il s’agit d’une mesure de prudence malheureusement justifiée par des faits. On sait à quel point cet homme a lutté contre les scandales pédophiles qui ont touché l’Eglise, or si désagréable que cela puisse paraître il existe des données concernant les agresseurs d’adolescents pubères qui montrent que ces agressions sont plus souvent de nature homosexuelle et que dans ce cas, les agresseurs sont plus souvent sujets à la récidive que les agresseurs hétérosexuels.

      • Cher Martin, pardonnez-moi d’avoir encore pris d’avoir attendu pour vous répondre, j’étais assez peu disponible ces derniers temps
        Tout d’abord sur la souffrance liée au regard intériorisé de la société, votre explication est sans doute plausible mais rien ne dit qu’elle soit l’unique explication de la souffrance des personnes homosexuelles ni même qu’elle en soit la principale cause. Et puis considérer que l’opinion de la société, non sur les personnes homosexuelles, mais sur l’homosexualité elle même soit totalement dénuée de fondement constitue en soi un jugement de valeur discutable. En effet même si au cours de l’histoire certaines civilisations se sont montrées très tolérantes à l’égard de l’homosexualité, allant même jusqu’à accorder un statut aux personnes homosexuelles, aucune n’a intégré l’homosexualité dans ses institutions. Je suis d’accord sur le fait que le désir homosexuel n’ait jamais été interrogé, mais je ne suis pas certain que cette interrogation tourne à son avantage. Il y a par ailleurs bien d’autre situations que l’homosexualité qui peuvent être l’objet de moqueries (je pense à un certain nombre de handicaps notamment) sans que cela entraîne à ma connaissance un nombre accru de suicides.
        Pour ce qui est des études sur la stabilités des couples, les dernières statistiques sur les couples belges confirment les mêmes tendances que celles révélées dans l’étude d’Anderson et dans les mêmes proportions (je n’ai pas de statistiques d’autres pays mais il est assez probable que les chiffres seraient semblables).
        Je ne me suis pas intéressé au lien entre désir et mariage mais au lien entre le type de désir et la stabilité du couple. Pour pouvoir comparer, il fallait que la situation des couples comparés puisse être la même ce qui n’était possible que dans des pays ayant légalisé depuis un certain temps le mariage entre personnes de même sexe. Trente ans vous parait une période courte, c’est déjà plus d’une génération. Je ne dis pas que sur cette période on aurait du s’attendre à un alignement complet de la stabilité des couples homosexuels sur celle des couples homme-femme. On aurait au moins du pouvoir constater une évolution ou un fléchissement. Or d’après les dernières statistiques présentées en 2012 par l’équipe d’Anderson, ilsemble qu’il n’en est rien. Pour prendre un autre élément de comparaison, les couples mixtes franco-magrébins qui subissent de fait une stigmatisation sociétale (même si celle -ci est variable suivant les milieux, tout comme la stigmatisation liée à l’homosexualité d’ailleurs ) ne divorcent pas davantage que les autres couples dans les 4 premières années de leur union (il semble que les difficultés liées à l’environnement soient contrebalancées par une réaction de cohésion du couple face à l’adversité) en revanche, ils présentent un taux de ruptures tardives pus élevé lié à la prise de conscience des différence culturelles au sein du couple. On pourrait penser que l’effet de cohésion face à l’adversité joue également pour les couples de même sexe, or il n’en est rien puisque les séparations surviennent majoritairement dans les 6 premières années (selon Anderson).
        En ce qui concerne les intentions des psychiatres, rassurez-vous, ils sont suffisamment débordés pour ne pas avoir à inventer de nouvelles maladies, ils entendent simplement rester maîtres des diagnostics qu’ils posent et des causes qu’ils identifient. J’ai suffisamment lutté contre des internements abusifs pour refuser de reconnaître aux juges (et qui plus est aux politiques) la compétence de poser un diagnostic qui ne relève que du médecin.
        Je l’ai déjà dit, il est hors de question pour moi comme pour n’importe lequel de mes confrères de soigner un patient qui déclare ne pas souffrir et qui ne porte atteinte ni à son entourage, ni à l’ordre public. Je ne cours pas après les patients (c’est hélas plutôt l’inverse).
        Par ailleurs je doute fort que l’on puisse mettre sur le même plan une orientation sexuelle et une croyance ou un engagement politique. Ce n’est pas franchement du même ordre…
        Quant à savoir si l’homosexualité est une pathologie au sens strict non évidemment. Ce n’est pas du même ordre qu’un trouble bipolaire ou une schizophrénie, néanmoins, il ne paraîtrait pas totalement absurde de la considérer comme un trouble du désir sexuel au même titre que les paraphilies (qui bien qu’elles ne dérangent pas forcément grand monde, font toujours partie de la classification de l’OMS) la seule différence probablement c’est qu’il n’existait pas de lobby paraphile suffisamment puissant au sein des professionnels de l’OMS pour demander le déclassement des paraphilies… Vous savez aussi bien que moi qu’il existe une influence de la pensée dominante sur la science officielle. Cette pensée dominante n’est plus chrétienne de nos jours, elle n’en est pas moins aussi tyrannique qu’a pu l’être l’Eglise du temps de Galilée. La société d’aujourd’hui, nous en sommes témoins joue à fond la carte de la victimisation (René Girard explique très bien cela dans sa théorie du retournement du bouc émissaire) en mettant à toutes les sauces des concepts comme l’homophobie ou la xénophobie non que ces concepts soient sans fondement, mais que la façon dont on les utilise finit par leur oter toute spécificité et par là toute crédibilité.
        Vous faites erreur en pensant que je placerais la vie entière des personnes homosexuelles sous le signe de la souffrance sans leur laisser entrevoir d’avenir. Toute souffrance est faite pour être dépassée et pour être offerte lorsqu’on ne peut l’éviter. Contrairment à ce que vous pensez (c’est hélas une erreur répandue) le christianisme n’est pas une religion doloriste qui rechercherait la souffrance pour elle même. Le christianisme se contente de lui donner un sens, il ne la recherche pas volontairement, mais il permet d’en faire un instrument de rédemption lorsqu’elle ne peut être évitée. Or le désir homosexuel lorsqu’il n’est pas acté peut parfaitement être source de bonheur et de lien social pour une personne homosexuelle. Lui faire croire en revanche que le couple qu’il ou elle formera avec une personne du même sexe pourra être l’exact équivalent d’un couple homme-femme et que la différence des sexes n’a aucune importance dans une relation de couple me paraît être un mensonge cruel qui le (la) condamnera à être perpétuellement insatisfait(e)
        En ce qui concerne la question de la pédophilie, c’est un problème complexe. Il semble en effet que dans la très grande partie des cas, les agressions pédophiles se produisent quasi exclusivement au sein de la famille ou dans l’entourage immédiat. Cela est surtout vrai en ce qui concerne les prépubères. En ce qui concerne les adolescents cela l’est moins. Il semble également que l’orientation homosexuelle de l’agresseur dans ce cas précis prédispose davantage à la récidive. Maintenant en ce qui concerne le sacerdoce, il ne s’agit pas d’un emploi mais d’une vocation et pour ce qui est des fonctions d’éducateur je n’en sais pas davantage sur les décisions de celui qui n’était peut être même pas encore à l’époque le cardinal Ratzinger, j’ignore ses raisons et ses motivations si tout cela s’avère exact (du moins de la façon dont vous exposez les faits)

      • Martin dit :

        Votre démonstration du lien entre la souffrance vécue par certaines personnes homosexuelles et la nature même de leur désir me paraît pour le moins rapide. D’abord il me semble important de préciser ce que défendent la plupart des associations LGBT : elles ne disent pas que la souffrance est due au regard de la société, mais plutôt au regard de la société intériorisée par la personne. Ce qui change pas mal de choses. Si vous devez faire face au regard négatif de la société à l’égard d’une de vos particularités, vous devez sans aucun doute en souffrir, mais vous pouvez plus ou moins vous en défendre. Par contre, si vous en êtes venu à intégrer ce regard négatif , à le partager, à considérer par vous-même que vous avez en vous quelque chose de mauvais, alors le travail à faire pour s’accepter est bien plus long. La société aura beau évoluer, si vous-même continuez à porter ce regard négatif à votre égard, votre souffrance ne diminuera pas.

        De plus vous dites que les premières statistiques sur ce sujet du suicide datent des années 80. Cela fait donc environ 30 ans. Cela fait également un peu plus de 20 ans que l’OMS a retiré l’homosexualité de la liste des pathologies mentales. Cela fait tout de même court si on compare au désir hétérosexuel qui n’a jamais été interrogé. D’abord la société a évolué, mais les regards et les discours négatifs sur l’homosexualité n’ont pas disparu. Se découvrir homosexuel aujourd’hui, c’est encore devoir faire face aux moqueries, au dénigrement, parfois à la désaprobation de la famille et aux injonctions à l’invisibilité. Moi je fais l’hypothèse que placé dans cette même situation, n’importe quel être humain aurait du mal à se construire de manière sereine et à avoir une estime de soi suffisante pour ne pas avoir à souffrir de sa différence. Il n’est pas possible d’utiliser cette souffrance vécue pour la lier de manière intrinsèque au désir homosexuel en lui-même.

        Il me semble important de modifier l’accord de certaines de vos phrases. Il n’existe pas des études scandinaves sur la stabilité des couples mariés, il existe UNE étude scandinave réalisée par Gunnar Anderson. Moi je n’en connais pas d’autre, si vous avez d’autres références vous pouvez les citer. Une étude, cela fait peu pour prétendre établir une vérité générale sur un désir. Vous faites d’ailleurs un lien direct entre désir et mariage qui me paraît étrange venant de la part d’un catholique qui défend le mariage comme institution. La stabilité d’une institution sociale peut être influencée par le désir, mais en faire la seule variable explicative en occultant justement toute la dimension sociale pour la rabattre uniquement sur du psychologique ne me paraît pas très rigoureux. Déjà, il faudrait que cette étude (ou les chiffres belges que je ne connais pas) soit extrêmement rigoureuse dans sa méthodologie et que tout biais statistique ait été écarté. Si cela est avéré, pour trouver l’explication d’une plus grande stabilité des couples hétérosexuels, il y a bien des hypothèses autres que celles portant sur la nature du désir homosexuel qu’on peut formuler : d’abord ce n’est pas anodin de grandir avec l’idée que l’on est pas conforme aux normes sociales ; ensuite il faut croiser ces données avec les évolutions plus globales du mariage (augmentation du divorce…). Il me semble que pour que la comparaison de ce point de vue entre couples homosexuels et couples hétérosexuels (pour simplifier) ait un sens et apporte un véritable enseignement, il aurait fallu qu’ils soient dans une situation sociale identique, avec la même légitimité depuis le même nombre d’années. Ce n’est pas le cas, et cette manière de dire qu’au bout de 30 ans on a un recul suffisant pour dire que les personnes homosexuelles sont moins stables affectivement et que cela prouve que l’homosexualité n’est pas une simple variation du désir, cela me fait penser à l’attitude qu’on aurait à l’ égard d’une personne tenue sous tutelle pendant des années, qu’on laisserai libre quelques instants, et à l’égard de laquelle on se servirait de sa première erreur pour justifier sa remise sous tutelle immédiate, sans se demander si l’erreur ne fait pas partie de la vie et si la laisser plus longtemps libre ne réduirai pas justement le nombre de ses erreurs, lui permettant de devenir pleinement libre et autonome.

        « Ceci mis à part vous avouerez qu’il est tout de même surprenant qu’un groupe de patients fasse pression sur la communauté scientifique pour ne plus être reconnus comme des patients (en gros pour que ladite communauté cesse de s’intéresser à eux à mieux comprendre les mécanismes de leur souffrance et peut être même qui sait à leur proposer un jour un traitement efficace). »
        En vous lisant, j’imagine un monde merveilleux dans lequel chaque jour les psychiatres inventeraient une nouvelle maladie. Même si les personnes concernées ne se sentiraient pas malades, ces charmants psychiatres leur répéteraient inlassablement que cette attitude n’est qu’un déni de souffrance, et qu’eux, pleins de sollicitude, finiraient par trouver un traitement les libérant de leur douloureux problème. Cela pourrait commencer par le fait de défendre certaines idées politiques par exemple. Ou pourquoi pas par le fait d’éprouver de la tristesse durant certaines périodes de sa vie. Trouveriez-vous toujours aussi surprenant qu’un groupe de patients fasse pression sur la communauté scientifique si lesdits patients étaient les être humains croyants par exemple ? Si la foi chrétienne était soudainement considérée comme une pathologie (croire que Dieu puisse se faire homme, qu’un homme ressuscite, qu’il puisse guérir la lèpre simplement en apposant ses mains, ne sont-ils pas des signes d’une certaine forme de délire ?), et que les catholiques protestaient contre cette vision de la foi, j’imagine que vous verriez à quel point la pathologisation des individus peut être une forme de violence. Vous comprendriez en quoi considérer par avance quelqu’un comme un patient potentiel peut revêtir une dimension de domination politique.

        Et quand même, à ma connaissance, aucune association LGBT n’est entrée dans les locaux de l’APA ou de l’OMS, armée de kalachnikovs, de mitrailleuses et menaçants leurs occupants de mort. Si donc la communauté scientifique a fini par ne plus considérer l’homosexualité comme une pathologie, nous pouvons tout de même imaginer que la raison principale en est qu’ils se sont rendu compte effectivement que ce n’était pas une pathologie. Il n’y a pas de police de la pensée. Simplement, les évolutions scientifiques ne concordent pas avec votre vision des choses. Sachant que votre vision des choses a d’importantes conséquences sur la vie des gens, il serait tout de même approprié qu’en tant que psychiatre, vous vous posiez au moins une ou deux questions. Cela ne signifie pas dire qu’on ne peut pas souffrir d’être homosexuel. Cela signifie qu’on ne met pas un signe d’équivalence entre homosexualité et souffrance. Cela signifie que pour les homosexuels qui souffrent, on peut leur laisser entrevoir un avenir : la souffrance n’est pas liée à leur condition en tant que telle. Il y a donc un dépassement possible de la souffrance (j’entend : « pour tous », croyants ou non-croyants, donc un dépassement qui ne passe pas par la propension au dolorisme d’un certain christianisme).

        A l’inverse, si l’on adopte la position que l’homosexualité est forcément blessure et souffrance, sachant qu’on ne guérit pas de ce désir et qu’il restera présent toute la vie (peut être pas pour tout le monde, les voies du désir étant impénétrables, mais pour beaucoup en tout cas), cela signifie que l’on place la vie entière de la personne homosexuelle sous le signe de la souffrance. Quel avenir alors pour un adolescent qui se découvre attiré par les personnes de même sexe que lui ? Comment va-t-il se construire alors des gens ne cessent, avant même qu’il ait vécu, de lui dire que son couple sera moins stable, moins beau, moins vrai, qu’il ne sera même pas un couple mais un simple duo ou une paire ?

        A propos de pédophilie, j’ai ouïe dire que la plupart des cas d’agression pédophile avaient lieu dans le cadre familial. Dans son grand souci de prudence, pourquoi notre ami Ratzinger n’a-t-il pas interdit aux pères et aux mères de familles de devenir enseignant ou éducateur sportif ? Il faut quand même rappeler ce que signifie ce texte pour les jeunes homosexuels ou les plus vieux : cela signifie que même s’ils ont toutes les qualités et les compétences requises, on leur dit que pour ce qu’ils sont, indépendamment de leurs actes, de leurs efforts pour devenir meilleur, on leur refuse l’accès à un emploi. On inscrit au cœur de leur être une condamnation d’incompétence. C’est ça la manière de l’Eglise d’accueillir les personnes avec compassion et délicatesse ? De faire la distinction entre la personne et les actes ?

  2. Bonjour Vincent,

    merci pour cet article de synthèse et de réflexion par rapport à la position de P. Arino. Je ne souscris pas entièrement à ses arguments :
    1) Mettre majoritairement des homos dans l’organisation ? Cela aurait donné le sentiment d’un fort communautarisme dans lequel peu de gens se seraient reconnus. On peut ne pas aimer Frigide Barjot, mais elle a su impliquer « large » Et puis, sans méchanceté aucune, on ne peut pas dire que X. Bongibault ait été percutant, c’est le moins que l’on puisse dire
    2) Mais là où je suis en désaccord avec Philippe, c’est quand il dit que les anti mariage pour tous se sont planqués derrière les enfants et ont joué sur les arguments PMA et GPA. Non, on ne s’est pas planqué, au contraire, on a ouvert les yeux sur les conséquences de la loi et permis à pas mal de personne de comprendre qu’il fallait voir plus loin que le « Il s’aiment, alors il n’y a pas de raisons pour qu’ils ne se marient pas ». En ce sens, le collectif « anti » a su faire oeuvre prophétique, non ?

    • Le problème c’est qu’avec des arguments comme la PMA et la GPA nous ne prêchons quasiment que des convaincus et nous ne répondons pas à ceux des pro « mariage pour tous » On biaise en parlant des conséquences de la loi alors que c’est son fondement et sa justification qu’il faut attaquer.

  3. Ping : SUPPLIQUE AUX DIRIGEANTS DE « LA MANIF POUR TOUS » | Glanures

  4. phil dit :

    Bonjour,

    Je suis homosexuel, opposé à la réforme du gouvernement en raison de ses implications sur la filiation et je ne me retrouve pas dans l’idée que vous développez dans votre texte d’une infériorité de l’amour entre deux personnes de même sexe. Je ne trouve pas votre argument (une étude statistique sur la fidélité dans les pays scandinave) convaincant, et je sais d’expérience que l’amour que peuvent se porter deux personnes de même sexe, s’il est vécu sérieusement, avec ce que cela suppose de liberté, de patience, de respect et de fidélité, est en soi de même nature que l’amour entre deux personnes hétérosexuelles. Je parle ici de la relation entre deux personnes, pas de la filiation, qui reste pour moi fondée sur la différence sexuelle. Si vous connaissez des couples de personnes de même sexe qui partagent de leur vie depuis longtemps, vous avez du le constater aussi.

    Aujourd’hui, reconnaître que deux personnes de même sexe peuvent s’aimer d’un amour vrai et fécond (même si cette fécondité ne passe pas par des enfants), c’est une façon de respecter des personnes qui n’ont pas choisi leur orientation sexuelle mais qui en font quelque chose, et pas n’importe quoi. La vérité est parfois au-delà de ce que l’on croyait au départ. La vérité, c’est peut-être justement d’abord ce réel qui nous travaille pour nous faire aller plus loin.

    • Cher Phil,
      Merci pour votre commentaire,
      Tout d’abord, je ne prétends pas que deux personnes de même sexe ne puissent pas s’aimer sincèrement et je n’ai pas utilisé de qualificatif de supériorité ou d’infériorité. Je tenais juste à faire remarquer qu’une relation qui évacue la différence des sexes était plus fragile et reposait davantage pour durer sur une attitude volontariste. je connais, il est vrai assez peu de couples stables de personnes de même sexe pour me faire une idée sur le cas général mais j’en connais au moins un qui me semble assez exemplaire de ce qu’il peut exister de mieux dans ce domaine. Je dirais que le lien qui lie ces deux personnes qui sont ensembles depuis plusieurs années est un très beau lien d’amitié qui est assez comparable aux liens fraternels qu’ont entre eux les membres d’une communauté religieuse mais que ce lien est bien différent de celui que j’ai pu voir chez des couples homme-femme aimants, même lorsque ces couples n’avaient pu avoir des enfants.

      • phil dit :

        Je ne connais pas les deux personnes dont vous parlez. Difficile dès lors de me prononcer sur les distinctions que vous faites. Mais permettez-moi cette question : qu’est-ce qui distingue l’amitié que vous percevez entre ces deux personnes d’un amour entre deux personnes hétérosexuelles ? Dans ce qu’elles vivent et qui est perceptible de l’extérieur. En faisant abstraction de toute théorie.

  5. prb dit :

    Bonjour, j’ai découvert votre blogue en faisant une recherche « pédopsychiatre mariage » . Ce que vous décrivez correspond exactement à ce que je ressens, et l’explique de façon lumineuse: dialogue de sourds, irrationnalité… Je ressens depuis quelque semaine que la violence que l’on fait aux opposants à la réforme en refusant d’entendre leurs arguments , en répondant « égalité  » là où ils formulent des craintes concernant non le mariage per se mais ses conséquences sur les enfants, en prétendant que ces craintes ne sont que des prétextes masquant des pulsions homophobes, que cette violence qu’on leur fait, dis-je, donne des homosexuels une image très immature et égoïste qui à terme va effectivement générer de l’homophobie.

  6. prb dit :

    Je suis allée visite le blog de ce monsieur et j’ai été assez consternée que vous puissiez les comparer à des « être d’exception » tels que le Poverello ou même le Christ… La confusion et l’arasement de tout semblent faire des ravages…

    • prb dit :

      Je voudrais tempérer mon commentaire précédent: : Philippe Arino est sans nul doute un homme de bonne volonté, mu par l’amour et doté d’une grande intelligence. De là à faire les comparaisons que vous faites…il me semble que vous vous égarez un peu.

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