-LA FIN DU STATUQUO- ET SI LES ECCLESIASTIQUES FRANÇAIS QUI S’OPPOSENT AUX MOUVEMENTS ANTI-MARIAGE POUR TOUS COMMENCAIENT A VIVRE AVEC LEUR EPOQUE ?

Depuis le début du mouvement de contestation contre le mariage pour tous marquant son opposition à la loi Taubira, un certain nombre d’ecclésiastiques, parmi eux des membres de l’épiscopat comme Mgr Dagens (  http://angouleme.catholique.fr/Manifestation-du-26-mai-appel-de.html) ont parfois dépassé le stade de l’élémentaire prudence liée à leurs fonctions pour exprimer vis-à-vis de ce mouvement non seulement des réserves parfois compréhensibles, mais plus encore une méfiance voire dans certains cas une franche hostilité à leur égard.

Si les critiques portant sur d’éventuels débordements d’hostilité vis-à-vis des personnes homosexuelles sont recevables (encore qu’elles sont d’autant moins prouvées que de nombreuses personnes homosexuelles ont ouvertement pris part à ces mouvements) on comprend moins en revanche celles qui portent sur les raisons de la poursuite de ce mouvement (en réalité actuellement de ces mouvements puisqu’ils présentent actuellement une certaine diversité) après le passage de la loi, puisqu’on les accuse ni plus ni moins de diviser le peuple français. Ces déclarations sont d’autant plus mal perçues par les militants que la contestation est née au sein de milieux croyants et souvent pratiquants, même si elle ne prétend pas s’y limiter. Selon une parole récente de l’évêque de Bayonne Mgr Aillet, qui se situe à l’opposé du courant de pensée ecclésiastique que je viens d’évoquer : ces chrétiens qui ont une conscience claire de leur identité sont attachés à une identité qui n’est pas purement confessionnelle mais appartient à l’humanité toute entière

En fait à bien y réfléchir, cette attitude de méfiance voire d’hostilité qu’ont certains membres du clergé à l’égard du mouvement contre le mariage pour tous s’explique à mon avis par des raisons historiques. Ces ecclésiastiques sont marqués par une vision particulière des rapports entre l’Eglise et la société civile qui est celle du statuquo. On ne peut pas nier qu’à plusieurs périodes de notre histoire depuis la révolution, les relations entre l’Eglise et l’état ont connu des crises extrêmement violentes dont la dernière remonte au début du siècle dernier avec la fameuse loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’état, laquelle a marqué un apaisement par rapport à la période violemment anticléricale qui l’a immédiatement précédée. Depuis plusieurs décennies, nous avons connu un climat d’apaisement, toujours empreint néanmoins du côté de la société civile par une volonté d’imposer (mais de façon douce et progressive) une anthropologie contraire aux valeurs du christianisme qui la fonde. (voir les lois sur le divorce et l’avortement) Néanmoins, la société civile et ses représentants officiels avaient toujours eu à cœur de reconnaître ce qu’elle devait au Christianisme et d’être attentive à ne pas heurter la conscience chrétienne dont l’importance sociétale dépasse largement le nombre des croyants et des pratiquants. On l’a vu dans les années 80 lors du retrait de la loi sur l’école libre par François Mitterrand. De son côté, l’Eglise s’est tacitement engagée à travers ses représentants officiels à maintenir le statuquo avec la société civile. Ce que n’ont pas perçu un certain nombre d’évêques et de prêtres face au gouvernement actuel c’est que le statuquo venait d’être rompu, et ce d’une façon extrêmement violente, non par l’Eglise mais par l’actuel gouvernement lequel ne cesse depuis la loi Taubira de multiplier les lois s’opposant directement à la pensée humaniste inspirée du christianisme avec un acharnement idéologique et méthodique digne de la période révolutionnaire dont nombre de ses membres se revendiquent (voire les déclarations de Vincent Peillon au sujet du catholicisme et de la nécessité d’arracher l’enfant à ses déterminismes familiaux et religieux par la création d’une nouvelle religion laïque) Contrairement aux gouvernements précédents, celui-ci montre une détermination particulièrement farouche à débarrasser la société de toutes les traces de la pensée chrétienne qui l’a pourtant fondé, et cela au nom même de valeurs chrétiennes (telles que la compassion ou l’égalité). Valeurs Chrétiennes qui selon l’analyse qu’en faisait il y a plus de 150 ans un Chesterton, sont devenues folles pour avoir rompu les chaînes qui les unissaient les unes aux autres. Ainsi parle-ton aujourd’hui d’une liberté dont on voudrait ignorer les limites et qui ne respecte plus le plus faible, d’une égalité sans justice et d’une fraternité qui ne nous reconnaît plus comme enfants d’un même père.

Ces ecclésiastiques qui se qualifient souvent eux-mêmes de progressistes n’ont pas su voir les signes des temps et n’ont pas su s’adapter à notre époque. Ils continuent à voir naïvement et souvent sans un minimum de recul la progression des valeurs évangéliques à travers ces évolutions qui derrière des énoncés de bonnes intentions sont en fait marquées par l’individualisme et le consumérisme.

Faudra-t-il leur rappeler qu’une bonne paix ne se construit pas sur le mensonge et que la paix de la compromission n’est pas celle que le Christ est venu apporter sur la terre ?

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère;et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. (Mat 10, 34-36)

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A propos servusethumilis

Très humble serviteur du Christ et de l'Eglise ainsi que de tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté...sans oublier leurs enfants puisque je suis pédopsychiatre.
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4 commentaires pour -LA FIN DU STATUQUO- ET SI LES ECCLESIASTIQUES FRANÇAIS QUI S’OPPOSENT AUX MOUVEMENTS ANTI-MARIAGE POUR TOUS COMMENCAIENT A VIVRE AVEC LEUR EPOQUE ?

  1. schlegel dit :

    Intéressé par le titre, je suis allé voir cet article. Hélas : presque tout est faux. Pour prendre le plus extérieur : Chesterton est né en 1874 et mort en 1936; Il n’a donc pu écrire « il y a plus de 150 ans ». La loi de 1905 a été un sommet de l’antagonisme entre l’Eglise et l’Etat au XX° siècle. Je ne connais aucun prêtre de gauche ou d’autre chose qui se dise « progressiste »: ce sont les autres qui les appellent comme ça, souvent pour les diffamer. Au XX° siècle, l’Eglise ne s’est jamais engagée dans un statu quo avec l’Etat à propos de la société civile: elle a combattu la pilule en 1967 (sous le général de Gaulle), la loi Veil sur l’IVG en 1974, la loi facilitant le divorce dans les années 80-90, la loi sur le PACS en 1989… Ne parlons pas des nombreux textes sociaux (situation économique, immigrés, prisonniers pour rappeler l’Evangile). La loi sur l’école retirée en 1984 l’a été à cause de la mobilisation catholique, mais encore plus parce qu’elle a été rejointe par les « consommateurs d’école » libéraux, qui voulaient une seconde chance pour leurs enfants. Mgr Dagens a été élémentairement prudent – et pas du tout imprudent -, parce qu’il connait l’histoire des affrontements de l’Eglise et de l’Etat depuis… 150 ans (là c’est vrai, on peut juste discuter des dates exactes), et il sait que cette histoire n’est pas positive pour l’Eglise. La loi sur le PACS par exemple, destinée à fournir une sortie aux couples homos et si durement combattue par l’Eglise, a été reprise à leur compte par les couples hétéros, de sorte que cette année les PACS devraient dépasser le nombre de mariages à la mairie. Du coup, l’Eglise a bonne mine, et certains cathos se sont m^me demandé pourquoi ces maudits homos ne se contentait pas du PACS… Le gouvernement actuel n’est pas plus antichrétien que ceux qui l’ont précédé: il a fait ce qui existe déjà dans une dizaine de pays européens, dont certains restent bien plus chrétiens que la France (Espagne, Portugal) : ce n’est pas une raison pour ne pas combattre cette loi en France, mais l’anti-christianisme n’a pas grand chose à voir là-dedans. Tout cet article me fait penser à l’adage : « Qui veut noyer son chien… ». M. Rouyer, ne prenez pas vos lecteurs pour des enfants, ou si vous le faites, soignez-les avec de la meilleure médecine.

    • Je vous accorde bien volontiers d’avoir commis quelques inexactitudes (cet article a été écrit « à chaud » après avoir été dirigé par un ami vers le mur FB d’un prêtre du diocèse de Lyon assez emblèmatique du type de clergé que j’évoque ici) entre autre celle concernant l’ami Chesterton. En revanche, pour ce qui est de la loi de 1905, je confirme qu’elle a bien été présentée par son rapporteur Aristide Briand (connu pour sa conception d’une laïcité sans excès) comme une volonté d’apaiser la très violente crise anticléricale qui l’a précédée. Pour ce qui est des prêtres progressites (que je pense pour ma part plus libertaires que réellement « de gauche »-encore faudrait-il savoir si ce mot a encore un sens-), Vous avez également raison, ce n’est pas la dénomination qu’ils utilisent. ils préfèrent parler d' »ouverture au monde » ou « à la modernité », termes fréquemment entendus chez les défenseurs d’un prétendu « esprit du concile » qui n’avait plus grand chose à voir avec le dit concile mais qui a servi à justifier moult dérives tant liturgiques que théologiques. Mais ces points de détail sur la forme n’enlèvent rien au fond du propos.

      Lorsque j’évoque un statu quo, il ne s’agit en aucun cas d’un accord formel ou secret entre l’Eglise et l’état (je ne suis pas un partisan de la théorie du complot) mais d’un état de fait consistant pour chacune des parties à maintenir une relative modération dans ses positions afin d »éviter de rouvrir des blessures mal refermées et susceptibles de dégénérer en conflit ouvert. L’Eglise a réagit sur la pilulle, l’avortement et le divorce, Certes, mais mollement. De l’aveu même de Simone Veil, la loi sur l’avortement ne serait jamais passée si l’Eglise de France avait mobilsé davantage les catholiques. La loi sur l’école libre votée en 1984 a peut être été retirée grâce au soutien des consommateurs libéraux, mais aussi et surtout grâce à l’intelligence et au bon sens politique du président François Miterrand qui connaissait bien la société française et les milieux catholiques dont il était lui même issu et qui avait compris l’importance de ne pas se les mettre à dos (on a d’ailleurs retrouvé de nombreux chrétiens dans plusieurs de ses gouvernements successifs)

      Je ne reproche pas à Mgr Dagens d’avoir manqué de prudence bien au contraire, mais de ne pas avoir saisi la gravité des enjeux actuels. Comme beaucoup de clercs de sa génération, il fonctionne avec des réflexes du passé qui ne sont plus adaptés à ce que nous vivons. Et puis vous le confirmez, vous même, la loi sur le PACS a surtout servi à dévaloriser le mariage des couples homme-femme et a très peu été utilisée par les couples homosexuels. Sa seule réelle utilité a été de servir de prétexte aux militants homosexuels pour demander le mariage.

      Le gouvernement de François Hollande a montré qu’il n’avait pas l’intention de faire la moindre concession à ceux qui s’opposeraient à sa vision d’une humanité à la fois toute puissante autosuffisante, marchandisable et coupée de toute transcendance. Bref, le contraire de la vision anthropologique de l’homme défendue par le catholicisme mais également partagée par de très nombeuses personnes qu’elles soient croyantes ou non (Platon dénonçait déjà ceux qui prétendaient que l’homme pouvait être sa propre mesure). Il profite de la majorité de circonstance dont il dispose au parlement pour faire voter une par une les lois viant à imposer son idéologie. si la loi Taubira a mis le feu aux poudres, ce n’est pas que ses conséquences aient été objectivement plus graves que la loi sur l’avortement mais parce qu’elle était sans précédent dans l’histoire de l’humanité (les quelques pays qui ont légalisé le mariage des couples de même sexe ont une expérience trop récente à l’échelle de l’humanité pour que l’on puisse en tirer quelque conclusion que ce soit), alors que l’avortement et le divorce existaien tdéjà depuis des siècles (on peut certes déplorer une régression dans une vision chrétienne de la société). De fait comme le montrent les récents événements, cette loi a été suivie de celle livrant des embryons humains à l’industrie pharmaceutiques et prochainement à celle ouvrant l’euthanasie.

      Il serait temps pour cette frange du clergé qui est tout de même censée être la sentinelle de toute les dérives sociétales de prendre conscience que nous sommes actuellement engagés dans une guerre idéologique. La paix sociale ne se négocie pas au prix de la marchandisation de l’homme. Cette guerre, nous ne l’avons pas choisie, elle nous est imposée. Nous la mènerons avec des moyens pacifiques mais avec détermination et persévérance et il serait plus qu’appréciable que ceux dont le rôle est de réveiller nos consciences ne cherchent pas à les endormir.

  2. schlegel dit :

    Merci, même si je conteste toujours plusieurs de vos affirmations historiques (par exemple, vous avez raison pour Briand, mais vous inversez les termes : il l’a fait, cette loi pour « pacifier » , contre les « radicaux » – au sens propre: les « radsoc » de l’époque qui étaient les plus à gauche – mais aussi contre une Eglise de France vent debout qui n’en voulait pas et recevait de Rome l’ordre de rester sans concession. Pour le jugement sur Hollande (à qui je ne dois rien et dont je ne dirai pas ce que je pense, sinon que pour avoir écrit sur « l’homme normal » avant les élections, j’ai subi quelques insultes de gauche ), je trouve que les anti-Taubira sont inéquitables. Car, probablement par conviction, c’est lui qui a limité (pour l’instant, certes) les dégâts en s’opposant à une partie importante de sa majorité… Les « Hollande-bashings » que je lis ici ou là me paraissent plus dans l’air du temps (cf. le « Sarkozy-bashing »….) que vraiment justifiés. Enfin, je veux bien que vous – vos amis, votre génération – entriez en résistance. Inéluctablement cette résistance sera comprise comme de l’intolérance et du sectarisme… Pourquoi pas, mais veut-on cela? Ce n’est certes pas une raison suffisante pour ne pas s’opposer, mais pour l’instant, personne n’a trouvé la clef juste pour s’opposer de façon crédible au libéral-individualisme et à ses dérives (qui frappent tous les domaines de notre existence, tout notre « style de vie », même quand nous ne le voyons pas). Si les Veilleurs et autres y parviennent, je m’en réjouirai – car c’est une affaire qui m’occupe et me préoccupe depuis longtemps (j’ai dû écrire mon premier article sur le sujet « individualisme » au début des années 80 dans une revue catho…), mais ils n’échapperont à à la réflexion sur la fin et les moyens.

    • Mais en ce qui concerne Briand, je ne dis pas autre chose que vous (si vous faites attention à mon propos ).
      Pour ce qui est de François Hollande, nul doute qu’il existe plus radical encore, nous en avons été témoins lors des débats sur la loi Taubira. Il me semble aussi que la résistance à laquelle il s’est heurté (et dont il a visiblement sous-estimé l’ampleur) l’a aussi contraint à plus de modération dans la mise en œuvre de réformes sociétales dont lui même ne semble pas convaincu du bien fondé (nous en avons également été témoin lors du report du projet de loi sur la PMA). Je pense en effet qu’Hollande met en œuvre le programme d’un parti mais qu’il n’a pas de convictions personnelles (en cela il n’est pas très différent de beaucoup d’hommes politiques de notre génération toutes tendances confondues). Hollande, a simplement fini par se laisser convaincre par les idéologues de la gauche actuelle que le progrès consistait à se libérer de façon inconditionnelle de toutes les contraintes, fussent-elles celles du réel. En l’occurrence je crains qu’il n’ait confondu fermeté avec entêtement. Entêtement qui à mon avis lui tient lieu de conviction (c’est une forme d’autosuggestion).
      En ce qui concerne l’intolérance et le sectarisme, je n’ai pas l’impression actuellement qu’il soit dans le camp des veilleurs qui font l’objet d’une répression sans précédent et qui (sans doute bien involontairement) contribue non seulement à les galvaniser, mais à les rendre sympathiques à une partie de leurs opposants eux mêmes. Certes, les principaux médias continuent à relayer la vision officielle,mais combien de temps encore pourront-ils continuer à mentir ?
      Enfin si nous en sommes là, c’est justement parce que depuis les années 80 nos élites intellectuelles et religieuses ont (à quelques très rares exceptions près) abandonné le terrain de la culture et de la transmission des convictions et des valeurs. C’est justement ce à quoi un mouvement comme celui des veilleurs cherche à remédier.

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